Et l'azur à mon corps mêle si bien sa trame,
Tout est si rapproché, si brodé sur mon âme,
Qu'il semble brusquement à mon regard surpris
Que ce n'est pas le pré, mais mon œil qui fleurit
Et que, si je voulais, sous ma paupière close,
Je pourrais voir encor le soleil et la rose[ [25]
De tels accents sont très nouveaux dans notre littérature. Ils différencient Madame de Noailles non seulement des naturalistes qui décrivent la nature comme une réalité étrangère, mais d'un Chateaubriand, d'un Hugo, que la nature émeut certes profondément, mais qui devant elle n'en restent pas moins, si l'on peut dire, intérieurs à eux-mêmes. D'un mot et dans tout le sens de ce mot, la sensibilité de Madame de Noailles est panthéiste, jusque-là que la certitude d'une union plus étroite avec la nature dans la mort (étrange illusion, pour le dire en passant, de croire qu'on sera plus proche de la nature mort que vivant) lui tient lieu des espérances qu'on demande d'ordinaire à la religion:
Je ne souhaite pas d'éternité plus douce
Que d'être le fraisier arrondi sur la mousse...[ [26]