J'ai tenu contre moi si serré le flambeau,
Que, le feu merveilleux ayant pris à mon âme,
J'ai vécu exaltée et mourante de flammes![ [59]
Et voilà, n'est-il pas vrai, un jour saisissant sur cet être étrange, le poète, victime sans dévouement, qui du feu qui le consume nous éclaire.
Dans les poèmes qui ont été inspirés à Madame de Noailles par la pensée de la mort, on retrouve le même mélange que nous avons déjà signalé chez elle de féminité et de fermeté virile. Et d'abord, Madame de Noailles redoute, plus que tout peut-être, cette mort avant la mort qu'est pour la femme la vieillesse. Qui n'a dans la mémoire le début de Jeunesse, avec sa seconde strophe dont on a le cœur serré comme d'une étreinte physique:
Pourtant tu t'en iras un jour de moi, Jeunesse,
Tu t'en iras, tenant l'Amour entre tes bras,
Tu t'en iras, je pleurerai, tu t'en iras
Jusqu'à ce que plus rien de toi ne m'apparaisse.