Tout ému par cet adieu élégiaque auquel nulle scène ne l'avait préparé, Fulgence saisit son amie par la taille et lui ferma la bouche d'un baiser décisif.
« Ah! ça! fit-il ensuite en fronçant les sourcils. Qu'est-ce qui vous prend soudain, mademoiselle, comme une envie d'aller vous mettre du rouge aux lèvres, et de quel droit, je vous prie, vous permettez-vous de préjuger mes sentiments à votre égard?… Oui ou non, sacrelotte, vous ai-je assez prouvé jusqu'à ce jour que votre charmante petite personne m'était agréable au delà de tout et que j'éprouvais pour vous l'attachement le plus vif et le plus tendre? »
Elle l'interrompit :
« Oh! ne me dis pas cela!… Je n'aurais plus la force de partir! »
Le marquis respira de toutes ses forces comme si d'invisibles doigts lui serraient la gorge et continua violemment :
« Partir! Sautebleu! Quels satanés moulins à vent que les femmes!… Il n'y a pas deux heures, ça faisait sa petite folle avec moi à la cuisine, ça riait, ça chantait comme une grive, ça rissolait des pommes de terre dans la poële, les bras nus hors des manches, ça vous criait avec des regards à incendier une meule : « Eh bien, m'sieur du trou normand, c'est-y superfin, les frites à la parigote, surtout quand on les goûte au bec de sa gobette?… Me gardez-vous à votre service? »
Elle détournait la tête comme pour cacher des larmes.
Il reprit avec de l'amertume :
« Sois donc plus franche, Floflo… Avoue que ton sacré Paris te manque, que tu t'embêtes près de moi, que tu me trouves trop mûr… Avoue que tu as quelque jeune amant qui s'impatiente là-bas et dont ton cœur se languit… »