Je n'osais pas lever la tête. J'aurais payé de toute ma fortune un petit accident bénin, une panne brusque. De grosses gouttes de sueur perlaient à mes tempes, ruisselaient glacées le long de mes joues.
Le fou se pencha, me bénit avec solennité, pontificalement, et grommela :
« Vous voilà délivré des démons de luxure et de mensonge dont vous étiez possédé, véridique et pur comme au matin de votre première communion, mon fils ; ouvrez à présent à ma Sainteté tout votre cœur coupable, allégez votre conscience alourdie, je vous écoute! »
Je me confessai, comédien malgré moi, j'inventai, avec une volubilité de Gascon qu'éperonne le péril, la kyrielle la plus extraordinaire de péchés, des rapts de jeunes filles, des adultères compliqués, des vols et des viols, des assassinats, des abus de confiance, des sacrilèges, des duels. On se fût imaginé que je dictais une parodie de roman-feuilleton, un scénario fantastique.
J'en avais la gorge sèche, le cerveau en fusion.
Et, dès que je m'arrêtais, le géant fronçait les sourcils, me toisait de haut, hargnait d'un accent sévère de justicier :
« Vous me cachez encore quelque chose… Vous ne me dites pas tout… Prenez garde… prenez garde! »
Quelle séance!
A bout de forces, épuisé, brisé, les pensées en déroute, je me demandais si je n'allais pas devenir bientôt aussi fou que le fou odieux qui me torturait et me détraquait.
Il m'interrompit enfin, hocha le cou et soupira :