« Recueillez-vous, mon fils, dans le sein du Très-Haut, offrez-lui votre repentir, priez avec une ardente ferveur… Je vais songer à la pénitence qu'il convient de vous infliger, cruelle ou bénigne! »

Cruelle ou bénigne. Je frissonnai. M'obligerait-il simplement à débiter d'autres patenôtres, à baiser ses souliers et sa bague, ou méditait-il quelque mauvais coup, quelque extravagance meurtrière?

Comme il ne me surveillait plus, je regardai au dehors.

A l'horizon, sous un ciel de lumière, se profilaient les remparts roses, les tours d'églises, le majestueux palais de la cité des Papes.

Et, jouant le tout pour le tout, je m'inclinai cérémonieux, respectueux, à la manière d'un camérier :

« Que Sa Sainteté, fis-je, me pardonne de troubler sa méditation, mais voici sa bonne ville d'Avignon qui chante avec toutes ses cloches, qui se réjouit de recevoir son pontife exilé, de lui rendre le trône et la tiare! Le Très Saint Père veut-il me permettre d'aller au-devant de ses ouailles fidèles, de les guider en hâte vers lui? »

Le train grinçait sur les rails, stoppait peu à peu.

Le fou hésita, soucieux, méfiant, sonda d'un regard aigu tous les plis de ma face et me répondit :

« Soit, mon fils, faites diligence, j'attendrai ici mes prêtres et mon peuple! »

J'étais sauvé, je courus avertir le chef de gare…