« — J'en suis fort aise, ma chère, mais la consigne est formelle… Bien le bonsoir! »
« Et il boucle la dernière chaîne en haussant les épaules… L'infortunée s'est effondrée au bord d'un nuage, courbe l'échine, ressemble, tassée sur elle-même, à un paquet de loques qui serait tombé de la hotte d'un chiffonnier… Cependant, dans la pourpre et l'or du couchant éclate soudain une fanfare stridente de victorieux, et tout un escadron de dragons apparaît, chevauchant par quatre, au trot allongé… Les hommes sentent encore la poudre… Ils flamboient, tailladés de blessures, superbes, dardant des regards de défi, poussant des hurrahs farouches… Les flammes des lances claquent, déchiquetées par la mitraille, tachées de sang… En hâte, inquiet, saint Pierre est revenu sur ses pas, se casse en deux dans un profond salut, s'exclame obséquieusement :
« — Que désirez-vous, messieurs les militaires?… »
« Le capitaine claironne, fanfaron, orgueilleux :
« — Dragons de Nijnii-Novgorod… Morts au champ d'honneur! »
« Nouvelle et respectueuse courbette du céleste porte-clefs…
« — Vous êtes chez vous ici… Donnez-vous la peine d'entrer! »
« Les serrures grincent ; les chaînes tombent, les grilles glissent sur leurs gonds rouillés… Les chevaux s'ébrouent, piaffent, se cabrent… Le défilé commence… Le maréchal ferrant, qui suit en serre-file, a aperçu la vieille qui pleure comme un enfant que l'on vient de battre… Attendri, ému malgré lui, il l'apostrophe :
« — Ohé! la mère! Qu'y a-t-il de cassé et pourquoi ce déluge de larmes?
« — Petit pigeon, répond-elle d'une voix incertaine, entrecoupée de gros soupirs, il n'est pas au monde de créature plus malheureuse que moi… Saint Pierre m'a fermé tout à l'heure au nez la porte du paradis!