Ainsi, Daphnis, outré de peine et de soucy,

Consultait ce tyran qui respondit ainsi:

—Si ton sort te desplaît cherche qui te délivre.

Esteindrois-je le feu qui te donne le jour?

Quand on cesse d'aimer, il faut cesser de vivre,

Et la vie a son terme en celuy de l'amour.

On n'était pas habitué, vers 1613, à lire beaucoup de petites pièces aussi remarquables, et d'une versification aussi noble et aussi soutenue. Malherbe seul et ses deux meilleurs élèves, Maynard et Racan, étaient capables d'en produire de pareils. C'est pourquoi la réputation de Gombauld, comme poëte et comme courtisan, grandissant peu à peu, il fut bientôt admis dans les cercles les plus illustres, et les ruelles s'honorèrent de l'avoir pour habitué. Nous ne connaissons pas d'une manière assez précise la date de son entrée à l'hôtel de Rambouillet, pour trancher la question de savoir s'il y fut admis avant 1617, époque de la disgrâce de sa protectrice, ou vers 1620, époque du retour de Marie de Médicis, après ses quatre années de retraite et de guerres. Que fit même Gombauld pendant ces quatre années, et quel fut son asile? Nous ne pourrions le dire exactement: ce qu'il y a de certain, c'est que notre poëte fut, avec Malherbe et Racan, l'un des premiers visiteurs lettrés de l'hôtel de Rambouillet.

Catherine de Vivonne avait quitté la cour en 1608 pour se consacrer tout entière aux soins de sa famille. Le spectacle de la licence des habitués du Louvre était peu fait pour séduire cette femme aimable, chez qui le sentiment de la dignité personnelle était aussi vif que celui des convenances morales. Mais, en même temps qu'elle se séparait de la cour, elle n'entendait point se séparer du monde, pourvu que ce fût un monde à elle, poli, distingué, élégant, lettré. Son hôtel, qu'elle habitait en 1612, devint bientôt le rendez-vous d'une société nombreuse, que le charme de sa conversation et de son caractère attirait à sa petite cour, et qui «se dédommageait de ne la plus recevoir, dit M. Livet, en courant auprès d'elle[10]». Ce fut, à proprement parler, le rendez-vous de la bonne compagnie; «l'esprit de conversation, dit encore M. Livet, y naquit, s'y développa et s'y maintint. Les grands seigneurs apprirent à respecter les écrivains et à les fréquenter sur un pied d'égalité»; et M. Cousin a parfaitement fait ressortir ce point caractéristique quand il a dit: «A l'hôtel de Rambouillet, tous les gens d'esprit étaient reçus, quelle que fût leur condition: on ne leur demandait que d'avoir de bonnes manières; mais le ton aristocratique s'y était établi sans nul effort, la plupart des hôtes de la maison étant de fort grands seigneurs, et la maîtresse étant à la fois Rambouillet et Vivonne[11]

[10] Livet.—Précieux et Précieuses.

[11] V. Cousin.—Madame de Sablé.