Il y avait une certaine témérité à tenter l'aventure, car le poëte Rayssiguer avouait naturellement, quelques années plus tard, dans la Préface d'Aminte, «que la plus grande part de ceux qui portent le teston à l'hostel de Bourgogne, veulent que l'on contente leurs yeux par la diversité et le changement de la scène du théâtre, et que le grand nombre des accidens et aventures extraordinaires leur ôtent la connoissance du sujet. Ainsi, ceux qui veulent faire le profit et l'avantage des Messieurs qui récitent leurs vers, sont obligés d'escrire sans observer aucune règle[21]». Gombauld ne négligea point «les accidens» dans son Amaranthe, et la fable de cette pastorale est assez compliquée; mais, du moins, il sut plier son sujet à la poétique nouvelle, et contribuer avec Mairet, par le succès de son ouvrage, à rendre acceptables au public les chefs-d'œuvre de Corneille, dont la première pièce devait paraître en 1629.

[21] Préface de l'Aminte, pastorale en cinq actes.—1631.

Entrons maintenant au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, payons notre «teston» et, d'abord, écoutons le Prologue que le poëte, suivant l'usage de cette époque, a placé en tête de son ouvrage.—Nous ne le citerions point, s'il n'y était fait une allusion directe à Marie de Médicis. Gombauld représente l'Aurore venant faire aux spectateurs une déclaration pompeuse en l'honneur des hôtes du Louvre. Cela s'adapte peu au sujet, mais la mode est souveraine; et l'Aurore a beau s'écrier qu'elle est

L'Aurore d'Amaranthe et celle du Soleil,

on ne s'explique guère comment cette Aurore a la prétention de représenter Marie de Médicis elle-même, ni à quel propos elle débite ses tirades:

Tous les feux de la Nuict devant moi se retirent,

Les Dieux, voyant ma gloire, incessamment souspirent,

Et ne peuvent souffrir, envieux et jaloux,

Qu'une beauté si jeune ayt un si vieil époux.

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