Tout à coup arrive Timandre, de retour d'un long voyage sur mer: il reconnaît dans Alexis, Polydomon, ce fils depuis longtemps perdu; Oronte retrouvant un frère à la place de celui qu'elle aime, sent la jalousie s'éloigner de son cœur, révoque l'arrêt de la Déesse… et l'on devine l'heureux dénouement de ces longues péripéties.

Tel est l'exposé succinct d'une pastorale présentant assez bien, par ses côtés voisins de la tragédie, le type du genre dramatique de transition qui se laissa bientôt, par une pente insensible, absorber dans le genre cornélien. Il est certain qu'en 1625 on était peu habitué à entendre au théâtre des vers aussi nobles et aussi soutenus: aussi ne saurait-on trop insister sur l'honneur qui doit revenir à Mairet, à Gombauld et, quelques années plus tard, à Rotrou, d'avoir, bien avant Corneille, accentué un progrès véritable dans la poésie dramatique. Le Cid fit une nouvelle révolution, cela est vrai; mais depuis une quinzaine d'années on comptait ses précurseurs.

Après avoir insisté sur le côté romanesque et tragique de l'œuvre de Gombauld, il serait bon de dire un mot de son côté pastoral. Après le roman, l'églogue. Nous n'hésiterons pas à dire qu'à ce point de vue Gombauld se trouve bien inférieur à son ami Racan: l'affectation et la recherche font quelquefois tort à l'aimable simplicité de ses bergers. Ainsi ces deux vers:

Je revoi ces rochers et ces bois solitaires

Qui de tous mes pensers furent les secrétaires,

nous paraissent, quoiqu'ils soient défendus par Ménage, plus voisins de l'hôtel de Rambouillet que des rives de la Phrygie. Gombauld, dit l'abbé Goujet, a mis beaucoup trop d'esprit dans cette pastorale: il faut convenir cependant que «l'on y trouve, dans quelques endroits, tout le naturel qui convient à un genre bucolique. La versification n'en est pas égale. C'est un défaut ordinaire à Gombauld dans tous ses ouvrages un peu longs. Il ne se soutient que dans ses petites poésies: aussi n'en a-t-on presque point d'autres…»

Or, voici précisément dans l'Amaranthe de petits poëmes complets et bien détachés qui présentent les qualités vantées par le savant bibliographe. Ce sont les morceaux récités par les chœurs; car il y avait encore des chœurs à cette époque, et les strophes de rhythmes très-divers, récitées par ceux de l'Amaranthe, méritent une sérieuse attention. Telle cette ode sur les passions humaines que nous reproduisons tout entière:

Les passions humaines

Ont cet aveuglement

Que les plus grandes peines