Deux ans plus tard, en 1637, Gombauld fit partie de presque toutes les commissions, dans la fameuse affaire des Sentiments sur le Cid[31]; et l'un des plus jeunes Académiciens, Philippe Habert, poëte de talent et d'avenir, ayant été tué au siége du château d'Émery, la Compagnie désigna Chapelain pour composer son épitaphe en vers, et Gombauld pour prononcer son éloge en prose[32]: mais nous regrettons qu'on n'ait pas inséré cet Éloge dans le Recueil des Harangues, non plus que le Discours sur le Je ne sais quoi.

[31] Voir à ce sujet dans l'Histoire de l'Académie, par Pellisson, une foule de détails, qu'il serait trop long de rappeler ici: car cette affaire est bien connue.

[32] Nous avons publié l'Épigraphe, jusqu'alors inédite, composée par Chapelain, dans notre histoire du Chancelier Séguier, au livre III.

Nous connaissons déjà Gombauld poëte et prosateur, nous connaîtrons bientôt un Gombauld épistolier; nous aurions pu connaître encore un Gombauld orateur.

Notre Académicien n'était pas toujours d'accord avec ses collègues: pendant l'année 1638, la Compagnie passa trois mois à faire l'examen des stances de Malherbe pour le Roi allant en Limousin, et Pellisson fait un long récit de cette discussion: «S'il y a rien, remarque-t-il, qui fasse voir ce qu'on a dit plusieurs fois, que les vers n'étoient jamais achevez, c'est sans doute cette lecture. A peine y a-t-il une stance où, sans user d'une critique trop sévère, on ne rencontre quelque chose ou plusieurs qu'on souhaiteroit de changer, si cela se pouvoit, en conservant ce beau sens, cette élégance merveilleuse et cet inimitable tour de vers qu'on trouve partout dans ces excellens ouvrages…» Malheureusement, Gombauld n'était point de cet avis; plein de respect pour la mémoire de son vieux maître et ami, et malgré la modération qu'on apportait dans cet examen, il protestait contre une censure qui lui semblait presque un sacrilége. «Quelques-uns des Académiciens, avoue Pellisson, et deux entre autres, M. de Gombauld et M. de Gomberville, souffroient avec impatience que la Compagnie censurât ainsi les ouvrages d'un grand personnage après sa mort, en quoi ils trouvoient quelque chose de cruel.» Gombauld était alors directeur; ce fut probablement sur ses instances qu'on abandonna l'examen, pour se livrer à «d'autres occupations plus pressantes». Ménage raconte même, dans ses Observations sur Malherbe, un trait piquant qui donnera la note juste des sentiments du poëte-gentilhomme à l'égard du réformateur du Parnasse. «J'apprens de l'agréable Relation de M. Pellisson, dit Ménage, que ces Messieurs de l'Académie, au commencement de leur établissement, employèrent près de trois mois à examiner une partie de ce poëme, et que de toutes les stances qu'ils examinèrent, il ne s'en trouva qu'une seule à l'épreuve de leur critique. Et, à ce propos, je me souviens d'avoir ouï dire à M. Gombauld que, sous son Directorat, ces Messieurs ayant opiné plusieurs jours avec apparat pour condamner une de ces stances, quand il opina (et il opinoit le dernier en qualité de Directeur), il ne dit autre chose, sinon: «Messieurs, je voudrois l'avoir faite!» Ce trait final est bien de la même famille que la réponse à Richelieu: «Ce n'est pas ma faute.»

Du reste, Gombauld n'aimait pas les dignités académiques: la charge de directeur, aussi bien que celle de chancelier, lui pesait; et lorsque le sort l'avait désigné, il avait peine quelquefois à dissimuler son mécontentement. «Nous avons fait aujourd'hui de nouveaux officiers, écrivait Chapelain à Conrart le 27 juin 1640, et M. Gombauld, qui s'étoit opiniâtrément déposé du vicariat de la chancellerie, par une justice de la fortune, s'est lui-même, en distribuant les billets, donné celui qui portoit le nom de chancelier, dont vous auriez ri si vous aviez vu sa surprise[33]…»

[33] Lettre de Chapelain, publiée par M. Livet en appendice à son édition de l'Histoire de l'Académie par Pellisson, I, 387.

Gombauld commençait à se faire vieux à cette époque, et l'on voit que ses confrères aimaient assez à s'amuser du bonhomme. La satire ne l'épargna pas. On retrouve quelques traits assez exacts du caractère de «Gombauld la Froide Mine» dans les Académistes, de Saint-Évremont. Ainsi, au deuxième acte de la première édition de cette comédie, Chapelain, L'Estoile, l'un des trois Habert et Gombauld, s'indignent vivement des pièces satiriques composées par Sorel et du Bosc, contre la Compagnie. Qui pourra, dit Chapelain.

Qui pourra leur répondre en ce genre d'écrire?

Nous n'avons de nos gens un seul homme à satire!