Gombauld, dans une de ses Épigrammes, dit d'un auteur obscur, qui ne s'exprimait que d'une manière incompréhensible:

Ta muse en chimères féconde

Et fort confuse en ses propos,

Pensant représenter le monde,

A représenté le chaos.

On peut retourner très-exactement cette épigramme contre son auteur, au sujet de sa tragédie, entassement de grands mots, de grands oracles, de grandes périodes, de tirades ronflantes et d'emphatiques épithètes. «Je veux demander la moitié de mon argent, disait madame Cornuel en sortant de la représentation; je n'ay entendu tout au plus que la moitié de la pièce[34].» C'est cependant cette tragédie que l'abbé de Marolles appelait «les immortelles Danaïdes, où se lisent de si beaux vers[35];» et le poëte de L'Estoile, qui «faisoit profession d'avoir appris les règles du théâtre de M. de Gombauld et de M. Chapelain,» disait un jour sérieusement à Pellisson, en sortant de l'hôtel de Bourgogne, «qu'il eût mieux aimé avoir fait cette scène des Danaïdes, où l'action de ces cruelles sœurs est décrite, que toutes les meilleures pièces de théâtre qui avoient paru depuis vingt ans[36]…» Pour être impartial, nous devons dire que l'abbé de Marolles et Claude de L'Estoile étaient deux amis particuliers de Gombauld; les autres contemporains n'eurent pas un pareil enthousiasme pour l'œuvre de notre poëte. «Ce qui l'a le plus rebuté, dit Tallemant des Réaux, ç'a esté de voir que ses Danaïdes eussent si mal réussy; elles eussent esté plus propres à Athènes qu'à Paris…» Aussi résista-t-il fort longtemps aux instances de ses quelques admirateurs, qui le pressaient de faire imprimer sa tragédie. «Il n'a jamais voulu les imprimer,» écrivait Tallemant en 1653. L'œuvre fit cependant du bruit à son apparition, et Richelieu voulut entendre Gombauld la lire devant lui; mais le malheureux auteur était poursuivi par la mauvaise fortune:

[34] Tallemant des Réaux.—Historiettes, II, 461.

[35] Mémoires de l'abbé de Marolles.

[36] Pellisson.—Histoire de l'Académie, I, 312-313.