Puisque par un baiser, qui dura trois momens,

Elle rescompensa trois ans de servitude…

Le Recueil des Sonnets est suivi, dans le volume de 1646, d'un Recueil d'Épigrammes, et tous les critiques sont d'accord pour reconnaître en Gombauld le rival de Maynard. Tallemant lui-même, qui dit froidement des œuvres du poëte son ami: «C'est tout ce qu'il pourra faire que de vivre…» avoue que ses Épigrammes ont une valeur réelle. «Gombauld, dit Furetière dans sa Nouvelle allégorique des troubles du royaume d'Éloquence, tira aussi des montagnes épigrammatiques trois compagnies de chevau-légers de petite taille, mais qui combattoient avec une merveilleuse vivacité, et qui avoient des traits fort dangereux, qu'ils lançoient avec une adresse non pareille. Il s'en étoit servi à démembrer la principauté qu'y avoit auparavant usurpée le président Maynard…» L'abbé de Marolles, qui traite d'excellentes les petites pièces de notre académicien, n'hésite pas à mettre «M. Maynard, M. Bautru et M. de Gombauld, entre les poëtes françois à qui nos voisins ne sçauroient contester les avantages de la primauté à l'égard de l'épigramme, et qui n'en doivent guères aux anciens…» De Marolles était ami de Gombauld, et nous citerons plus volontiers comme impartial le jugement de l'auteur d'un Traité de l'Épigramme, Richelet, qui, après avoir apprécié le talent de Maynard et de Brébeuf, s'exprime ainsi: «Les Épigrammes de Gombauld valent mieux que tout ce qu'il a fait. Les vers en sont naturels, et les pointes de la plupart fines et ingénieuses. D'Aceilly est facile et éveillé. Il n'a pas tant d'Épigrammes à la grecque que Gombauld, mais il n'est pas si juste, ni si françois…»; enfin, dans la notice spéciale consacrée à Gombauld, en tête de l'extrait de ses œuvres, on assure que ses Épigrammes ont fait beaucoup de tort à celles de Fr. Maynard: «elles roulent ordinairement sur les mœurs corrompues de son siècle; elles ont beaucoup de naturel, et ne manquent pas de finesse et de délicatesse de pensée…»

Tel est l'avis des critiques contemporains. Parmi ceux du siècle dernier, l'abbé Goujet se range volontiers à l'avis de ses devanciers; il ajoute même que le fameux vers de Boileau ne s'applique pas aux Épigrammes. «On les lit encore avec plaisir, dit-il, et on les lira apparemment toujours.» L'abbé Sabathier, fort sévère pour le pauvre Gombauld, accorde à plusieurs de ces petites pièces du naturel et de la vivacité; mais La Harpe fait une charge à fond, dans son Lycée, contre le Recueil de notre académicien. «Gombauld et Malleville, dit le célèbre critique, furent plutôt des écrivains ingénieux que des poëtes, surtout le premier, qui nous a laissé un Recueil d'Épigrammes ou plutôt de bons mots. Il est bien vrai que Boileau a dit:

L'épigramme plus libre, en son tour plus borné,

N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné.

Mais, sans blesser le respect dû au législateur du Parnasse, osons dire que cette définition ne caractérise guère que l'Épigramme médiocre. Celle dont Marot a donné modèle, surpassé depuis par Racine et Rousseau, doit être piquante par l'expression comme par l'idée. L'épigramme a son vers qui lui appartient en propre, et ceux qui en ont fait de bonnes (ce qui n'est pas extrêmement rare) le savent bien. Gombauld ne le savait pas, et c'est ce qui fait que ses Épigrammes sont oubliées.

Et Gombauld tant loué garde encor la boutique…

disait Boileau, et, depuis ce temps, elles n'en sont pas sorties. Celle-ci m'a paru une des meilleures:

Gilles veut faire voir qu'il a bien des affaires.