Et ne faites plus de Poëtes,
Ou faites-leur des Mecenas![49]
[49] Gombauld.—Recueil des Épigrammes de 1656, p. 164.
Les sceaux ayant été retirés au chancelier Séguier le 2 mars 1650, la pension que Gombauld tenait de lui depuis 1634 se trouva supprimée par là même, et il fallut employer près du nouveau garde des sceaux, Châteauneuf, tout le crédit d'amis puissants pour arriver à la faire rétablir. Tallemant raconte à ce sujet un trait fort à l'honneur du poëte Benserade. «La plus raisonnable action que Benserade ait faitte en sa vie, dit-il, ce fut que, M. de Chasteauneuf ayant esté fait garde des Sceaux pour la seconde fois en 1650, il fist en sorte que la pension que Gombauld avoit sur le Sceau fût continuée. Il estoit des amys de Madame de Leuville, femme du nepveu du garde des sceaux, et il le fit agir comme il fallut; après, il écrivit un billet à Gombauld, sans signer, par lequel on l'avertissoit que l'affaire estoit faitte, et qu'il en avoit l'obligation à Madame de Leuville, à Madame de Villarseaux, sa belle-sœur, à Madame de Vaucelas et au président de Bellièvre, et ne parloit point de luy[50].» Le chroniqueur cite encore ailleurs Mesdames de Chaulnes-Villeroy, de Rodes, de Boisdauphin, comme ayant été, avec Madame de Leuville, les intermédiaires qui obtinrent le rétablissement de la pension du poëte; et il ajoute: «Gombauld fut fort empesché comment les louer toutes quatre.—On dira, disoit-il, que c'est un quatorze de dames[51].»—Et plus loin: «Ce fut Conrart qui l'avertit que le trésorier du Sceau avoit de l'argent à luy donner de la part de M. de Chasteauneuf. Il y fut. Conrart luy demanda.—Hé bien!—Ce trésorier brutal, répondit-il, m'a voulu faire accroire que je ne sçavois pas escrire. Il m'a dit…—Mais avez-vous touché?—Il n'y a que moy qu'on traitte ainsy.—Mais avez-vous touché?—… On eut bien de la peine à lui faire dire ouy…—J'ay honte, disoit-il, d'avoir receu seul; d'autres qui le méritent mieux n'ont rien eu: il me semble que je leur escroque.»
[50] Tallemant, V, 13.
[51] Tallemant, II, 470.
Voilà un scrupule fort honorable, et Gombauld est très-heureux d'avoir eu un ami tel que Tallemant, qui se soit chargé de rapporter tous les traits nécessaires pour donner à son caractère une vigoureuse et haute physionomie.
Peu de temps après, vers 1653, on réussit à obtenir un nouveau subside pour Gombauld, et, cette fois, ce fut le surintendant Servien, membre de l'Académie, comme Séguier, qui devint le bienfaiteur du poëte. Qu'on nous pardonne de citer encore Tallemant à ce sujet; son récit se termine par un de ces traits dont nous venons de parler et qui sont fort précieux pour un biographe: «Pour subsister, Ménage vendit une terre qu'il avoit eue à partage, à M. Servien, qui luy fit la rente de l'argent au denier 18. En ce temps-là, on le pria de faire quelque chose pour le bonhomme Gombauld. Servien promit de luy faire toucher 1,500 livres: mais il ne se hastoit pas autrement. Ménage luy déclara qu'il ne signeroit point le contrat de vente de cette terre, qui estoit à la bienséance de Sablé[52], qu'il ne luy tinst parole touchant M. de Gombauld. Et cela fut fait: mais il l'a tant chanté, que Gombauld ne put s'empescher de faire cette épigramme; car, quoiqu'il ne l'ayt point monstrée, et qu'il le nie comme beau meurtre, je suis certain que c'est ce qui luy en a fait venir la pensée. La voicy:
[52] Dont Servien était marquis.
Si Charles, par son crédit,