DERNIÈRES ANNÉES DE GOMBAULD.—PELLISSON ET FOUQUET.—MALADIES ET MISÈRE.—TRAITÉS POSTHUMES SUR LA RELIGION.—MADAME MARIE.—CONCLUSION.

Les livres de Gombauld trouvèrent un prompt débit, et ce succès augmenta encore son humeur altière. Il avait à cette époque quatre-vingts ans bien passés: et, à cet âge, que de défauts sont permis ou doivent être tolérés! Il devint à tel point épris de sa valeur personnelle, que la reine Christine de Suède elle-même ne put trouver grâce devant lui. L'avocat Patru, dans une lettre fort intéressante qu'il écrivait à son ami d'Ablancourt, raconte avec de grands détails la célèbre visite que cette reine à l'humeur bizarre voulut faire en personne à l'Académie pour rendre un hommage éclatant aux beaux esprits de France. M. de Gombauld, dit-il, vint à la réunion sans être averti; «mais aussi tost qu'il sçut le dessein de la princesse, il s'en alla: car tu sçauras qu'il est en colère contre elle, de ce qu'ayant fait quelques vers où il a loué le grand Gustave[56], elle ne lui a point écrit, elle qui, comme tu sçais, a écrit à cent impertinens. Le bonhomme, que tu connois, se fasche de cela tout de bon, quoiqu'il soit bien vrai qu'elle ait demandé de ses nouvelles plusieurs fois à ses deux voyages de Paris. J'aurois bien plus sujet de m'en plaindre: mais quand rois, reines, princes et princesses ne me feront que de ces maux-là, je ne m'en plaindrai jamais[57]…»

[56] Père de la reine Christine.

[57] Œuvres de Patru, édit. 1714, in-4o, p. 572.

Le crime de la reine de la Suède était en effet irrémissible, de n'avoir pas répondu plus efficacement à ces vers pompeux, loués si hautement par Ménage:

Mais son astre fatal le tire dans les cieux,

Quand sa foudre écrasant les plus audacieux,

De ses propres ardeurs lui-même il se consume.

Malheureusement le bonhomme Gombauld n'avait pas les moyens de pouvoir se draper pendant longtemps encore dans le manteau de sa dignité chevaleresque: la misère était de garde à sa porte, et l'année 1658 ne put s'écouler sans avoir vu notre poëte parjurer tous les serments qu'il avait proférés dans la Préface de son Recueil d'épigrammes. Malgré les bons offices de quelques amis puissants et généreux, parmi lesquels il faut citer le duc et la duchesse de Montauzier, la pension du malheureux gentilhomme se payait très-difficilement depuis la guerre de Paris. «Pour le chancelier, écrivait Tallemant vers 1657, il y a cinq ans qu'il lui fait dire qu'il aura soing de luy, mais qu'on a diverty les fonds du Sceau[58]…» Gombauld dut se résoudre à porter un manuscrit chez le libraire, et son choix tomba sur celui des Danaïdes.

[58] Tallemant, Historiettes, II, 471.