Or, depuis quelque temps, le vieux poëte s'était fort attaché à Pellisson qui, jeune académicien, venait d'entrer chez le surintendant des finances Nicolas Fouquet en qualité de secrétaire. Pellisson, par son influence, obtint du libéral surintendant une pension de «quatre cens escus» pour le bonhomme. Mais il fallait que l'amitié de Gombauld pour lui fût bien vive, ou que le besoin le pressât au-delà des plus extrêmes limites, pour accepter ce don qui ne venait pas du Roi; car, chose extraordinaire, Pellisson parvint à persuader Gombauld que son devoir était de dédier en retour les Danaïdes au surintendant. Cette dédicace valut cent louis d'or au poëte[59].

[59] Ibid., 472.

La reconnaissance de Gombauld ne dépassa cependant pas les bornes de son humeur vaniteuse. En récompense de ce service, rapporte Tallemant, «Pellisson qui a fait peindre quasy tous ses amys, voulut avoir son portrait: jamais on n'en put venir à bout. Mme de Rambouillet l'en pressa en vain. Il dit que du Moustier en avoit eu un autrefois, qui estoit l'ombre infernale de Gombauld. Cependant du Moustier disoit en le montrant:—Voylà le divin Gombauld.—Et on disoit que du Moustier estoit Pisandre dans Endymion… Il disoit que ce seroit la «descrépitude de Gombauld», et dit à Mme de Rambouillet «qu'il n'avoit pas dormy depuis qu'elle l'en avoit pressé,» et que, si elle continuoit, il se priveroit plustost du plaisir de la voir, qui estoit la seule consolation qu'il eust au monde[60]…»

[60] Tallemant, Historiettes, II, 472.

Cette boutade n'empêcha point Pellisson de rendre encore bien des services au bonhomme; et Tallemant, le chroniqueur ordinaire de tous ces détails intimes de la vie de ses contemporains, nous présente en cette occasion le jeune historien de l'Académie sous un caractère fort généreux. C'est ainsi que Gombauld ayant composé, après la maladie du Roi, en 1658, «un Sonnet qu'il ne voulut jamais donner, quoy qu'il fust beau à quelque chose près, disant qu'il ne vouloit pas que la première chose que le Roy verroit de luy ne fust pas achevée (comme si le Roy s'y connoissoit ou ceux qui l'approchent), Pellisson, qui le fait subsister par le moyen du surintendant Fouquet à qui il est, ne put obtenir ce sonnet; on eut beau l'en presser. Cependant il en a fait imprimer cent qui valent moins. Je ne l'ay jamais veu si poëte, pour ne rien dire de plus, qu'en cette rencontre[61]: il pesta contre tout le monde et contre Pellisson même, ou peu s'en fallut. J'y descouvris de l'envie:—On paye si mal, disoit-il, des vers immortels! Un sonnet immortel que je fis pour M. Servien, que m'a-t-il valu?—Et pour toute raison, quand je le pressois de donner de temps en temps quelque chose qui ne fust pas imprimé à Pellisson pour entretenir le surintendant en belle humeur pour luy, il me respondoit que ce mesme esprit qui luy faisoit faire des sonnets immortels, l'empeschoit de faire ce que je luy conseillois[62]…»

[61] On sait qu'il ne faut pas ajouter grande créance aux jugements littéraires de Tallemant. C'est lui qui trouvait que Corneille avait gâté le théâtre en y introduisant la déclamation.

[62] Tallemant, Historiettes, II, 472.

C'est sans doute à cette époque qu'il faut attribuer les vers suivants, dans lesquels le poëte a voulu peindre sa verte vieillesse:

J'ay presque de mes jours achevé la carrière,

Dont je rends à mon Dieu ma loüange et mes vœux: