Cher lecteur, quelle dut être ma surprise, lorsqu'en jetant les yeux sur le manuscrit, je reconnus dês les premières lignes, l'histoire qu'un malheureux valet de chambre mit en lambeaux! l'histoire du pied de Fanchette!
... Le maroufle avait entendu mes regrets et ceux du vieillard, ils lui suggérèrent l'idée d'une friponnerie: il fut adroitement s'emparer de ce qu'il nous avait montré, et dont nous fesions peu de cas, cacha les feuilles encore entières, courut à tous ceux qu'il avait frisés, les dépapillota, rajusta le tout comme il put, et fit copier. Le manuscrit ainsi recompleté, à peu de chose prês, il alla le vendre à l'abbé .. qui, dit-on, achète des ouvrages tout faits, dont il a le front de se donner ensuite pour l'auteur. Suivant sa méthode, ce fameux écrivain avait defiguré celui-ci sous prétexte de le corriger, de manière à le rendre méconnaissable. Un petit-maître entra comme il achevait. «Encore un ouvrage, dit-il d'un ton railleur?—Hom... Hom... c'est une bagatelle.—Voyons... l'on peut voir, mon cher?—Oui, cette note.—L'auteur a ma foi! raison; rien de plus sot et de plus ignare qu'un petit-maître.» Tout en lisant, le petit-maître remarqua les ratures,—qui seules étaient de la main de l'abbé. Certains bruits courans dans le public augmentèrent ses soupçons; la fin de cette note qu'il venait de lire, et d'autres endroits rayés, les confirmèrent; il saisit le moment d'une visite qui survient, s'empare du manuscrit, court le montrer pour perdre de réputation son ami: il a même l'infidèlité d'en faire une nouvelle copie corrigée, mutilée, augmentée, afin de la rendre plus différente de celle de l'auteuromane. Il prêta ce nouvel exemplaire à une femme à vapeurs, qui le lut en entier sans bâiller, le trouva délicieusement écrit, et cependant raya, restitua, embellit, et laissa le manuscrit épuré sur sa toilette, où l'officier le trouva. Celui-ci me le remit, comme je viens de le dire: je lui fis connaître mes droits, qu'il ne disputa pas. C'est ainsi que par un coup du sort, l'ouvrage revint à son légitime propriétaire. Heureux le public et moi-même! si l'absence du vieillard Kathégètes ne l'eût empêché de le revoir.
FIN DE LA PRÉFACE.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE IV
Qui devrait être le premier.
Où l'on fait connaître Fanchette.
Un riche marchand de draps de cette capitale, nommé Florangis, habitant des rues saint-denis ou saint-honoré (peu nous importe) avait une vaste boutique; où l'on ne découvrait que les quatre murs; en récompense, on voyait dans le fond un large escalier, sur lequel vingt personnes pouvaient aller de front sans se coudoyer. On parvenait par cette belle route dans un magasin obscur, dont les croisées garnies d'abajours ne donnaient qu'un faible crépuscule. Toutes les étofes, tant de nos manufactures, que d'angleterre et des indes s'y trouvaient, on n'avait qu'à choisir. Outre ce beau magasin, cette grande boutique, et cet escalier commode, ce marchand avait une femme, jolie comme une paysanne irlandaise[ [B], coquette comme une fille d'affaire[ [C], aimant le jeu, la table etc..........[ [D].