M. Panard.

[4] Suétone, livre VII, A. Vitellius, chap. II. C'est de Lucius Vitellius, qu'est ce trait. J'y joindrai celui de la fameuse Dorique, courtisane grecque qui vivait du temps de Sapho: un pied mignon lui procura le double honneur d'avoir un roi pour amant, et pour tombeau une pyramide, qu'on voyait encore du temps de Strabon:

«Une avanture extraordinaire fesait l'objet de l'attention publique. Une aigle avait enlevé le soulier de Dorique, qui prenait le bain à Naucrate, ville située sur une des embouchures du Nil, près de Canope, et elle l'avait transporté dans le palais de Saïs, alors capitale d'Égypte, où elle le laissa tomber sur les genoux du roi Psammis. Ce prince fut étonné du prodige et de la propreté du soulier; il en admira le goût et la petitesse, demeurant persuadé qu'un pied si bien fait devait être celui de la plus belle personne du monde.

«Le voluptueux Psammis, curieux d'ailleurs de tout ce qui avait l'air mystérieux, voulut approfondir ce prodige et savoir d'où lui venait ce soulier: il proposa des récompenses à ceux qui lui en apprendraient des nouvelles. Plusieurs femmes de la cour l'essayèrent, mais il ne se trouva propre à aucune: enfin cette avanture pénétra dans les provinces, et le bruit en vint jusqu'à Naucrate: Dorique fut étonnée que son soulier eût été porté si loin, et elle en conçut de grandes espérances. Elle se déclara elle-même; le gouverneur en donna aussitôt avis à Psammis, et il y joignit un portrait si flatteur des charmes de cette Grecque que le roi eut envie de la voir: il envoya ordre qu'on l'amenât à Saïs: il se sentait ému au récit de tant d'attraits: comme l'avanture avait quelque chose de miraculeux, il ne douta point que le dénouement n'en fût merveilleux. Il fallut obéir; Dorique partit de Naucrate, et elle prit le chemin de Saïs.


«Psammis ne fut pas longtemps sans devenir éperduement amoureux de Dorique: il avait fait faire l'essai du soulier mystérieux avec beaucoup de pompe; il ordonna pour cela une fête galante, qui fut appelée la FÊTE DU SOULIER: Dorique, parée des riches habits dont le roi lui avait fait présent, fit envier ses charmes à toutes les femmes de Saïs, inspira de l'amour à tous les hommes; mais un amant couronné satisfit son ambition: il fut seul heureux.»

[5] Cet historien avait la première des qualités, l'impartialité. Il était toujours fort mal vêtu. On le trouva mort de froid dans sa petite chambre, à côté d'une somme considérable, que probablement il s'occupait à compter. Mais l'avarice est un défaut qui ne diminue pas son mérite comme auteur.

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ασβēστος δ' αρ' ενōρτο γελōς μακαρεσσι θεοισιν hōς ιδον,