(Note du jeune officier auquel je dois cet ouvrage. On m'assure que ce trait est de lui-même avec la jeune veuve sur la toilette de laquelle il le trouva; et je le crois bien, ce n'est pas la première fois qu'une petite-maîtresse et un jeune militaire ont donné des exemples de vertu.)

DEUXIÈME PARTIE.

[22] Dans le livre de Beaudoin, Des Chauss. ancienn., on voit que de tout temps les hommes et les femmes ont été recherchés dans leur chaussure. On alla jusqu'à en porter d'or ou d'argent, enrichies de pierreries, selon Plaute, Quinte-Curce, Sénèque, Eutrope, Lampride, Spartien; en parlant d'Alexandre, de Caligula, de Dioclétien et d'Héliogabale. Pline dit la même chose des particuliers. Gemmas non tantùm crepidarum obstragulis, sed et totis socculis addunt. Plinii, l. IX.

[23]

Omnia sed vereor (quis enim securus amavit?)

[24]

Ipsa nihil (dixit), pavido lingua retenta metu.
Amor. l. I.

[25] J'ai connu particulièrement un jeune homme subjugué par une passion violente qui l'a rendu malheureux, et qui peut-être fut la seule cause de sa mort prématurée. La manière dont il fit connaissance avec sa maîtresse, la force que prit sur-le-champ son amour, tout est également singulier. Voici comme lui-même m'a raconté son histoire.

«Je suis d'une petite ville du Nivernois; j'en sortis dès l'enfance, et je fus élevé à Paris: à dix-huit ans, je revins dans la maison paternelle. On comptait me fixer dans ma patrie; en peu de temps je fus lié avec tous les jeunes gens de mon âge; mais un seul devint mon ami; nous étions inséparables. Il avait une sœur de seize ans, faite au tour, avec un de ces minois que les ris et les grâces accompagnent toujours. Je l'avais vue quelquefois en passant, et je n'avais ressenti pour elle rien de plus que pour les autres jeunes beautés de ma ville. Un jour, mon ami manquait à une partie que j'avais formée avec d'autres; je n'aurais pas eu de plaisir sans lui; je courus le chercher; il était sorti, mais sa jeune sœur me reçut. Elle me fit des questions plaisantes; ce que j'y répondais la fit rire à son tour, mais avec tant de grâces... le coloris qui vint nuancer ses joues de lis la rendit ravissante... je voulus lui dérober un baiser; elle se défendit en riant toujours; je le lui ravis; ses ris redoublèrent; je recommençai; elle rit encore... je fus téméraire... elle était innocente; j'osais en douter... ses sens s'émurent... elle s'égare, et je triomphe... Elle était si belle!... je sentis naître au fond de mon cœur cet amour dont rien n'a pu jusqu'à présent diminuer la violence. Que ce moment fut heureux! mais ç'a été le seul dont j'aie joui. En revenant à elle, ses larmes coulèrent; je m'y étais attendu; je voulus la consoler, en lui jurant une constance éternelle et l'assurant que dès le jour même j'allais travailler à notre union. Quel fut mon étonnement, lorsque, s'étant un peu remise, elle me dit du ton de l'indignation:—Monstre, sors de ma présence! toi! devenir mon époux et mon maître! ah ciel! plutôt la mort: sois, tu m'as avilie; mais je t'abhorre: je ne refuserai pas la main d'un autre; je ne le tromperai pas non plus... mais toi!... Un torrent de larmes lui coupa la voix. J'étais à ses genoux durant ces cruels reproches: ni ma soumission ni ma douleur ne purent la toucher; je fus contraint de sortir. J'espérais cependant; j'instruisis son frère; je fis parler mes parens: nous étions parfaitement assortis; on compta pour rien la répugnance qu'elle montrait; tout fut conclu en quelques semaines. Les familles étaient assemblées; on dressait les articles; la jeune personne entre, demande qu'on l'écoute, étonne tout le monde par le récit circonstancié qu'elle ose faire de ce qui s'est passé, embrasse les genoux de sa mère, et la conjure de la garantir du malheur de voir à tout moment le cruel ennemi qui souilla son innocence. On voulut savoir si elle avait un amant aimé; mais elle assura qu'elle haïssait tous les hommes en moi, et qu'aucun ne lui avait encore plu. On dissimula, pour ne pas l'aigrir, mes parens et les siens desiraient cette union; ils différèrent. Adroitement, on me procurait mille occasions d'être utile ou nécessaire à ma jeune maîtresse; je faisais naître les plaisirs sous ses pas; elle s'y livrait, tant qu'elle en ignorait la source: la connaissait-elle; on la voyait fuir avec horreur. Malgré ces rigueurs, tant que ses parens ont vécu, l'espérance me soutint. J'essayai, pour guérir sa haine, le remède de l'amour; je m'éloignai: on me rappela, lorsqu'on s'aperçut qu'elle avait repris sa première gaieté, que la nouvelle de mon retour fit évanouir. Je perdis alors l'espoir de la toucher. Ses parens moururent: devenue maîtresse d'elle-même, elle consentit d'épouser un homme qu'elle n'avait jamais vu, qui la recherchait précisément à cause de l'idée bizarre qui l'avait portée à me détester. Ce coup fut le dernier, mais il était terrible.... Je quittai ma patrie pour toujours...»

Cette note est de l'auteuromane.