Il lui regarda le con, en lui soulevant le cul… Il la laissa retomber, en éclatant de rire:
— Ma foi, la gueuse n'a plus qu'un cul, ou qu'un con… je ne sais lequel… Mais est-elle bien morte?
Il la déshabilla, l'emporta nue dans l'autre pièce, la mit sur une grande table; alla prendre un vaste saladier; tira un bistouri [Nous le voyions par la cloison vitrée].
— Décharnons-la.
Il lui cerna la partie charnue des seins, la motte tout entière, la chair des cuisses; lui fendit le ventre, lui arracha le coeur, les poumons, le foie, la vessie, la matrice; la retourna, lui enleva la chair des fesses, lui coupa les pieds chaussés, qu'il mit dans une poche, les mains, qu'il serra dans l'autre. Il la retourna encore; lui coupa la langue, la tête, ôta la chair des bras. Il vint ensuite chercher sa chemise et un drap du lit, en disant:
— Voilà un bon régal pour nos moines et pour moi.
Le terrible anthropophage mit le saladier dans la chemise; ensevelit le corps dans le drap; fit lever Vitnègre pour le coudre; puis il lui dit de publier le lendemain que sa femme se mourait; de la mettre le soir dans une bière, et que lui moine se chargeait de la faire enterrer. Et, après lui avoir recommandé de bien effacer au grand jour toutes les traces de sang, il sortit vers les 3 heures du matin, emportant son saladier de chair humaine.
Vitnègre pleura d'abord. Mais, nous ayant entendu remuer pour sortir, le lâche eut une frayeur si grande qu'il alla s'enclore dans son petit cabinet. Nous sortîmes donc tout à notre aise. Comme nous traversions la petite cour, nous entendîmes les voisins qui disaient fort bas:
— Il ne l'a pas tuée; voilà qu'on l'emmène!…
Nous nous mimes à fuir par de petites rues, dès que nous fumes dehors, de peur d'être suivis. Et bien à-propos! nous entendîmes courir. Mais on ne prenait pas notre chemin. Je remenai ma fille à sa pension, laissant là Timori, pour observer, et lui promettant de revenir dans une demi-heure.