Le roi les écouta avec modération, et répondit qu'il n'avait rien plus à coeur que de garder la trève, et même de la prolonger, ou faire la paix à des conditions raisonnables, sans demander aucun dédommagement; que c'était le roi leur maître qui la rompait manifestement, en venant avec une flotte soutenir la rébellion des vassaux de la couronne de France; qu'il n'appartenait pas au roi d'Angleterre de se mêler des différends qu'ils avaient avec leur souverain; que le comte de Toulouse et le comte de la Marche n'étaient en aucune manière compris dans le traité de trève; que c'était leur félonie qui leur avait attiré sa juste indignation et le châtiment qu'il allait leur faire subir, comme à des traîtres et à des parjures. Les ambassadeurs étant retournés vers leur prince, il rejeta toute proposition de paix, animé par les agens du comte et de la comtesse de la Marche, qui l'assurèrent que la guerre lui procurerait bientôt de plus grands avantages que ceux qu'on lui offrait, et que la conduite du roi de France, en cette occasion, n'était qu'un effet de la crainte que la présence de Henri et la puissance de la ligue lui inspiraient. Dans cette persuasion, il envoya sur-le-champ deux chevaliers de l'Hôpital-de-Jérusalem déclarer la guerre au roi.
Le roi d'Angleterre déclare la guerre au roi de France.
Louis, sur cette dernière dénonciation, protesta, en présence de toute sa cour, que c'était avec beaucoup de regret qu'il entrait en guerre avec le roi d'Angleterre, dont il aurait voulu acheter l'amitié aux dépens de ses propres intérêts. On pressa donc plus vivement qu'on n'avait fait jusqu'alors le siége de Fontenoi, et la ville fut prise au bout de quinze jours, au grand étonnement des ennemis, qui regardaient cette place comme imprenable. Le fils du comte de la Marche et toute la garnison furent obligés de se rendre à discrétion. On conseilla au roi de les faire pendre pour donner de la terreur aux rebelles; mais il n'y voulut pas consentir, disant que le fils du comte de la Marche était excusable, n'agissant que par les ordres de son père. Il se contenta de les envoyer dans les prisons de Paris.
La bonté du roi, jointe à la valeur avec laquelle il poussait son entreprise, fit plus d'effet que n'en auraient eu les conseils violens qu'on lui donnait: car, après cette conquête, plusieurs autres forteresses se rendirent à lui sans attendre qu'elles fussent attaquées. Il garda les plus fortes, et fit détruire les autres. Il y en eut quelques-unes qui résistèrent et qui furent forcées; par ce moyen le roi s'ouvrit le chemin jusqu'à la Charente, et s'avança vers Taillebourg, place située sur cette rivière.
Le roi d'Angleterre s'étant mis en marche avec ses troupes, s'était rendu à Saintes, où il avait passé quelques jours pour y grossir son armée des troupes du comte de Toulouse, et des autres seigneurs ligués que le comte de la Marche lui avait fait espérer, et qui ne venaient qu'en petit nombre.
Cependant il sortit de cette ville, et marcha en descendant la Charente, pour en défendre le passage contre l'armée française. Il se campa sous Tonnay-Charente, et ayant appris que le roi prenait la route de Taillebourg, il vint se poster vis-à-vis cette place, qu'il trouva déjà rendue au roi: ce prince s'y était logé avec les principaux seigneurs, et avait fait camper son armée dans la prairie aux environs de la ville.
Bataille de Taillebourg, où le roi est victorieux.
Les deux armées n'étaient séparées que par la rivière, qui en cet endroit est fort profonde, mais peu large. Le roi d'Angleterre avait vingt mille hommes de pied, six cents arbalétriers, et seize cents chevaliers, qui, en comptant leur suite, faisaient un corps très-considérable de cavalerie. Le roi, en commençant la campagne, avait autant d'infanterie, et presque le double de cavalerie, mais il en avait perdu une partie par les siéges et par les maladies que les grandes chaleurs avaient causées.
Son dessein était de passer la Charente, et celui du roi d'Angleterre de l'en empêcher. La profondeur de la rivière était un grand obstacle pour les Français.
Il y avait devant Taillebourg un pont de pierre, mais si étroit qu'il y pouvait à peine passer quatre hommes de front. Henri s'en était emparé, aussi bien que d'un fort qui était de son côté à la tête du pont. Louis cependant pensait à forcer ce passage. Il avait fait préparer sur la rivière quantité de bateaux, pour s'en servir à faire passer le plus qu'il pourrait de ses troupes, dans le même temps qu'il ferait attaquer le pont.