ALBERICH
Misérable défaite! Ecœurante perfidie! Voleur! C'est toi qui oses, à moi, reprocher un crime dont tu profites? Comme tu l'eusses volontiers volé toi-même au Rhin, son Or, s'il eût été aussi facile de le forger, que de le lui soustraire! Hypocrite! quel heureux hasard ce serait, pour ta prospérité, que, dans l'horreur de sa détresse[291-1], sous l'empire de la honte, sous l'empire de la rage, le Nibelung, à ton bénéfice, eût trouvé l'effroyable charme! Mais l'épouvantable Anathème, l'exécrable Malédiction d'un malheureux au désespoir, doit-elle, grâce au joyau suprême, contribuer à ton triomphe? Si j'ai maudit l'Amour, fut-ce pour grandir ta force? Prends garde à toi, Dieu tout-puissant! Si j'avais commis un crime, moi, je n'en devais compte à personne, qu'à moi: mais si tu oses, toi, l'Eternel, sans pudeur, m'arracher l'Anneau, c'est sur tout ce qui fut dans le passé, tout ce qui existe dans le présent, c'est sur tout ce qui sera dans l'avenir que retombera ton propre forfait!
WOTAN
Assez de phrases! L'Anneau! Ton verbiage ne prouvera pas tes droits sur lui.
(Avec une force irrésistible, il arrache, au doigt d'ALBERICH, l'Anneau.)[292-1].
ALBERICH, avec un cri horrible.
Malheur! Perdu! Anéanti! Le plus malheureux des esclaves!
WOTAN s'est mis au doigt l'Anneau, qu'il contemple avec complaisance.
Ainsi, je m'élève au rang suprême: le plus omnipotent des Maîtres!
LOGE