WOTAN
Laissez-moi! L'Anneau, non! je ne le donne pas.
(FAFNER retient encore FASOLT, qui veut partir à l'instant même; tous se tiennent debout, consternés; WOTAN, avec colère, se détourne à l'écart. La scène s'est de nouveau assombrie; de la faille rocheuse, latérale, surgit une bleuâtre lueur, dans laquelle ERDA, tout à coup, devient visible pour WOTAN: majestueuse et noble, émergeant à mi-corps, enveloppée des opulentes ondes d'une chevelure noire.)[300-A]
ERDA, en étendant la main vers WOTAN, d'un air prophétique.
Cède, ô Wotan, résigne-toi! fuis la Malédiction de l'Anneau! sa possession te vouerait, inéluctablement, à la plus noire des catastrophes.
WOTAN
Femme ou sibylle, qui donc es-tu?
ERDA
Tout ce qui fut m'est connu; tout ce qui devient, je le vois; tout ce qui sera, je le prévois: l'Ur-Wala[301-1], c'est moi, l'âme antique de l'impérissable univers, Erda enfin, qui somme ton âme. J'ai trois filles, dès l'éternité conçues dans mon sein, les Trois Nornes: ce sont elles qui te révèlent, dans les ténèbres[302-1], mes visions. Mais, cette fois, quelque immense péril me précipite moi-même vers toi: écoute! écoute! écoute! Tout ce qui est, doit finir. Sombre jour pour les Dieux! Crépuscule pour les Dieux![303-1]. Ecoute ma voix: rejette l'Anneau!