A quoi t'attardes-tu, Wotan? Le Burg auguste ne te fait-il pas signe? N'attend-il pas d'offrir désormais, à son Maître, l'hospitalité, la sécurité?
WOTAN
Le Burg! c'est d'un salaire maudit que je l'ai payé!
DONNER[307-A], montrant le fond, qui est encore voilé de brouillard.
D'orageuses touffeurs chargent l'air: qu'elles sont lourdes! comme elles m'oppressent et m'assombrissent! Rassemblons ces nuées livides, que la foudre y zigzague, qu'elle rassérène l'azur[308-1]. (Il a gravi un roc élevé, et brandit maintenant son marteau.) Hé là! Hé là! Ici, brouillards! Ici, nuages! Ici, fumées! Donner vous rappelle, ralliez-vous! Le maître a brandi son marteau: hé là! hé là! Ici! par ici, vapeurs nébuleuses! Donner vous rappelle, ralliez-vous! Donner rassemble son troupeau! (Les nuages se sont rassemblés autour de lui; il disparaît absolument, au milieu d'une nuée d'orage qui s'amoncelle en s'obscurcissant de plus en plus. Alors on entend, sur le roc, lourdement les décharges du marteau s'abattre; un immense éclair sillonne la nuée, suivi d'un affreux coup de tonnerre.) A moi, frère! Jette le pont des Dieux!
(FROH a disparu parmi les nuages[308-2]; les nuages, subitement, se dissipent; DONNER et FROH deviennent visibles: à partir de leurs pieds s'élance, éblouissante, une arche d'arc-en-ciel par-dessus la vallée, jusqu'au Burg qui, frappé par le soleil couchant, rayonne du plus splendide éclat.)[309-A]
(FAFNER, ayant enfin ramassé tout le Trésor près du cadavre de son frère, a, l'énorme sac sur le dos, évacué la scène durant l'incantation de DONNER.)
FROH
Frêle, mais ferme à vos pieds[309-1], le pont conduit au Burg: foulez-en, hardiment, l'intrépide sentier!
WOTAN, abîmé dans la contemplation du Burg.
L'œil du soleil rayonne, en son éclat du soir: le Burg s'embrase à ses splendeurs: le Burg! dans les flammes aurorales, merveilleux, mais sans maître encore, comme il brillait![310-A] comme il fascinait mon désir! Le soir tombe, le Burg est à nous, conquis au prix d'âpres angoisses! La Nuit grandit, la Nuit jalouse: qu'il nous offre un asile contre elle, contre sa haine. Salut à toi, mon Burg! Trêve d'affres! Assez d'effroi![310-B] (A FRICKA:) Suis-moi, femme, dans Walhall, pour y vivre avec moi! (Il lui saisit la main.)