BRÜNNHILDE, bondissant de roc en roc, escalade à droite avec des cris de joie.

Hoïotoho! Hoïotoho!—Heyaha! Heyaha!—Haheï! Haheï! Heyaho! (Elle fait halte au haut d'une pointe de rocher, plonge un regard dans la gorge au fond, et, se retournant, crie à WOTAN.) Crois-moi, Père, toi-même, prépare-toi! tu vas subir un rude assaut: c'est Fricka qui approche, ta femme, dans son char, avec son attelage de béliers[341-1]. Heï! comme elle brandit son fouet d'or! les pauvres bêtes gémissent d'angoisse; les roues rendent un fracas sauvage: sa rage court vers quelque querelle! Soutenir semblable attaque, certes, m'agréerait peu, j'y préfère les combats des braves[341-2]: vois donc à faire tête à l'assaut; moi, je t'abandonne, joyeuse, à ton sort!—Hoïotoho! Hoïotoho!—Heyaha! Heyaha!—Haheï! Haheï! Hoïoheï!

(Elle a disparu derrière le sommet, tandis que, surgissant du défilé, FRICKA, sur un char attelé de deux béliers, parvient jusque sur la plate-forme, y met rapidement pied à terre, et marche, en gagnant l'avant-scène, avec colère, droit à Wotan.)

WOTAN, la regardant venir.

L'éternel assaut! L'éternel souci! Mais je tiendrai bon[342-A].

FRICKA

Dans ces monts où, pour échapper aux regards de ton épouse, tu te caches, je viens te chercher, pour que tu me promettes assistance.

WOTAN

Que Fricka, librement, dise ce dont elle s'afflige.