WOTAN
Siegmund se l'est conquis lui-même, dans la détresse.
FRICKA
C'est à toi, qu'il dut cette détresse, comme il te doit l'enviable Glaive: crois-tu donc pouvoir m'abuser? Jour et nuit, ne t'ai-je pas suivi de près? C'est pour lui, c'est toi-même qui fichas le Glaive au cœur du frêne: et tu lui as promis, toi-même, l'arme divine; et c'est toi-même encore, à force d'artifices, qui l'as guidé vers l'arbre[348-1] où tu l'avais fichée: nieras-tu cela? (WOTAN fait un geste de rage.) Contre un esclave, quel noble s'abaisse à combattre? Homme libre, il se contente de châtier l'offenseur: contre toi, j'aurais pu lutter sans déchéance; mais à mes yeux Siegmund est vil, comme un valet. (WOTAN se détourne avec découragement.) Il t'appartient, il est ta chose! Est-ce à ta compagne éternelle de s'humilier devant ta chose? Est-ce à moi d'essuyer l'outrage des plus abjects, fable du téméraire, et risée des âmes libres? Mon époux ne le souffrira pas, il n'avilira pas ainsi la déesse que je suis encore!
WOTAN, sombre.
Que réclames-tu?
FRICKA
Le Wälsung! abandonne le Wälsung!
WOTAN, d'une voix sourde.
Qu'il passe son chemin.