WALTRAUTE, d'en haut.
Wotan, formidable, arrive droit au roc.
LES WALKÜRES
O Brünnhilde, entends-tu le mugissement de son approche?
BRÜNNHILDE, montrant, à SIEGLINDE, son chemin.
Pars donc, hâte-toi, fuis vers l'Orient! Affronte, endure toutes les tortures réservées, à ton âme vaillante, par la faim, par la soif, par les ronces, par les pierres! Si la détresse s'acharne, ris! Si la souffrance te dévore, ris! car sache-le bien, ô femme, pour y penser toujours: l'enfant qui dans tes flancs s'agite, comme en un asile protecteur, deviendra, des Héros du monde, le plus sublime[386-A]! (Elle lui tend les tronçons du Glaive de Siegmund.) Ces robustes tronçons du Glaive[387-A], garde-les-lui. Près du cadavre de son père, j'ai réussi à les recueillir. A celui qui les rapprochera pour brandir ce Glaive reforgé[387-1], je veux donner son nom: c'est Siegfried! Qu'il vive en joie dans la Victoire![387-2][387-B]
SIEGLINDE[388-1]
O divine merveille! Sublime vierge! C'est donc à ta fidélité que je dois cette sainte consolation! Au nom de celui que toutes les deux nous aimions, je sauve le trésor le plus cher: puisse ma gratitude, quelque jour, te récompenser et te sourire! Adieu! La douleur de Sieglinde te bénit[388-A]! (Elle s'élance et sort par la droite, au premier plan.)
La cime du roc s'enveloppe de noires nuées d'orage: une épouvantable tempête accourt, en mugissant, du fond; la forêt de sapins latérale s'éclaire d'une éclatante lueur. Au milieu du fracas de la foudre, on distingue l'appel de WOTAN.