Malheur! Hélas! O sœur! sœur!

BRÜNNHILDE

Tu me dépouilles de tes dons de jadis, sans exception?

WOTAN

Qui te possédera, t'en dépouillera[393-1]! C'est sur cette cime que je t'exile; d'un sommeil sans défense, j'y vais fermer tes yeux. Au premier homme alors la vierge, au premier homme qui la trouvera sur sa route, et qui l'éveillera[393-2].

LES WALKÜRES

Arrête, Père! N'achève pas une telle malédiction! Faut-il qu'elle, la vierge divine, soit déshonorée par un homme? O toi, Terrible, écarte un si criant opprobre: comme notre sœur, l'outrage nous en frapperait!

WOTAN

N'avez-vous pas entendu mon arrêt? Rebelle, de votre troupe votre sœur est retranchée; avec vous, à travers les airs, elle ne chevauche plus; vierge, elle voit se faner sa fleur virginale; un époux la conquiert pour femme, et la possède: c'est à l'Homme qu'elle doit obéir dorénavant, comme à son maître; c'est au foyer qu'elle doit s'asseoir, et filer, risée des railleurs[393-3]. (BRÜNNHILDE se laisse, avec un cri, tomber à ses pieds, sur le sol; des gestes d'horreur échappent aux Walküres.) Son sort vous épouvante? fuyez donc la perdue! Ecartez-vous d'elle, et tenez-vous au loin! Quiconque de vous oserait s'attarder auprès d'elle, quiconque, en dépit de moi, tiendrait pour sa misère, partagerait son sort, l'insensée! Avis aux téméraires!—Et maintenant, hors d'ici! Vous éviterez cette roche! Quittez-la moi sur l'heure; ou c'est le désespoir qui vous y attend!