Adieu, intrépide, admirable enfant! Saint orgueil de mon cœur, adieu! adieu! adieu! Puisqu'il me faudra t'éviter, puisqu'avec tendresse, jamais plus, mon salut ne pourra te saluer; puisque tu ne devras plus à mon côté chevaucher, ni, dans nos festins, m'offrir l'hydromel; puisqu'il me faut, toi que j'aimais, te perdre, toi, riante volupté de mes yeux:—du moins un feu nuptial va s'allumer pour toi, tel que pour aucune fiancée jamais il n'en fut allumé! Que la flamme dévorante brûle tout autour du roc; qu'une mortelle épouvante en écarte qui tremble; que le lâche fuie le Roc de Brünnhilde: et que celui-là seulement conquière la Fiancée, celui qui sera plus libre que moi-même—le Dieu![401-A] (BRÜNNHILDE, émue, enthousiasmée, se jette dans ses bras.)[401-B] Ces yeux, ces deux yeux lumineux, qu'en souriant j'ai si souvent baisés, lorsqu'un baiser te récompensait du combat joyeusement soutenu, lorsque de tes lèvres charmantes, en leurs gazouillements enfantins, coulait la louange des Héros; ces deux yeux radieux, qui souvent m'illuminèrent dans la tourmente, lorsque la langueur du Désir et l'espérance brûlaient mon cœur, lorsque mon Désir aspirait, frémissant de sauvages angoisses, à des joies immenses comme les mondes:—ces deux yeux, pour la dernière fois, qu'ils me réjouissent, aujourd'hui, du dernier baiser des adieux! Que pour l'Homme, trop heureux, s'allume leur étoile; pour le malheureux Eternel, il faut qu'à jamais ils se ferment! Eh bien! de toi s'arrache le Dieu; et voici, c'est dans un baiser qu'il t'enlève la divinité![402-A]

(Il lui baise les deux yeux, qui demeurent aussitôt clos: elle se laisse doucement, épuisée, tomber en arrière, dans ses bras[402-B]. Il la conduit avec tendresse vers un tertre bas et moussu, sous les larges branches d'un sapin, l'y étend, considère ses traits encore une fois, puis ferme la visière du casque; il attarde ensuite ses regards, de nouveau, douloureusement, sur sa personne, par-dessus laquelle il place, à la fin, le long bouclier d'acier de la Walküre.—Alors, d'une marche solennelle et résolue, il gagne le milieu de la scène, et dirige, contre une puissante roche, la pointe de sa Lance.)[402-C].

Loge, entends-moi! Loge, écoute-moi! Tel que jadis je te trouvai sous la forme d'une flamme ardente; tel que tu m'échappas, alors, sous la forme d'une flamme errante; tel que je t'asservis enfin, c'est ici qu'aujourd'hui je t'évoque! Jaillis, monte, tourbillonne autour du Roc, tremblotante flamme!

(A la dernière des sommations, de la pointe de la Lance il frappe trois fois la roche: il en jaillit un rayon de feu, qui se développe rapidement en une mer embrasée; WOTAN, d'un signe encore de la pointe de la Lance, lui montre le pourtour du Roc à environner.)

Quiconque craint[403-1] la pointe de ma Lance, qu'il ne franchisse ce feu, jamais![403-A]

(Il disparaît parmi les flammes, dans la direction du fond.—Le rideau tombe.)


DEUXIÈME JOURNÉE: