Dans les profondeurs de la Terre pullulent les Nibelungen: Nibelheim, tel est leur pays. Ce sont des Alfes-Noirs; Schwarz-Alberich[434-1], jadis, les gouvernait en maître: grâce à l'irrésistible toute-puissance d'une Bague magique, il s'était asservi cette race industrieuse; se fit accumuler, par elle, tout un Trésor d'immenses richesses; et rêvait de soumettre le Monde. Quelle est ta deuxième question, gnome?

MIME, réfléchissant plus profondément.

Tu m'en connais long[435-1], Voyageur, sur les profondeurs de la Terre:—et maintenant, dis-moi, simplement, quelle race pèse sur le dos de la Terre?

LE VOYAGEUR

Sur l'échine de la Terre pèse la race des Géants: Riesenheim, tel est leur pays. Fasolt, Fafner, princes de ces brutes, envièrent au Nibelung sa puissance, conquirent son énorme Trésor; et, avec le Trésor, l'Anneau, qui les brouilla: ils luttèrent, Fasolt succomba. Métamorphosé en sauvage Dragon, c'est Fafner qui garde à présent le Trésor.—Passons à la troisième question[435-2].

MIME, tout à fait ravi comme en un songe.

Tu m'en connais long, Voyageur, sur l'échine rugueuse de la Terre:—et maintenant dis-moi, véritablement, les cimes nébuleuses, quelle race y habite?[435-3]

LE VOYAGEUR

Sur les cimes nébuleuses les Dieux habitent Walhall. Ce sont des Alfes-de-Lumière; Licht-Alberich, Wotan, règne sur eux. Il s'est fait, d'un rameau sacré pris sur le Frêne-du-Monde, une Lance; le tronc se desséchât-il, elle reste incorruptible; grâce à sa pointe, Wotan gouverne l'univers. Les Runes-de-Loyauté, celle des Pactes divins, il les a gravées sur la hampe[436-1]. La Lance, que serre le poing de Wotan, donne l'empire absolu du Monde à qui la porte: il a subjugué les Nibelungen; imposé aux Géants ses lois; à tout jamais, tous obéissent au puissant Maître de la Lance. (D'un geste comme involontaire, il frappe contre le sol sa Lance: un sourd roulement de tonnerre gronde, épouvantant MIME.) Eh bien, sage gnome, n'ai-je pas été à la hauteur de tes questions? Réponds: n'ai-je pas sauvé ma tête?

MIME, arraché à la rêverie qui l'absorbait, a sursauté, saisi d'angoisse, et n'ose regarder LE VOYAGEUR.