ALBERICH
Est-ce que ton envie, à toi, et ta haine, sont en quête d'un nouveau forfait? Ne t'attarde pas ici! écarte-toi d'ici! Cette place, grâce à ta perfidie, ne fut que trop abreuvée de détresse; maintenant donc, impudent que tu es, laisse-la moi libre!
LE VOYAGEUR
C'est pour voir, et non pour agir, que je suis venu[453-2]: qui pourrait m'interdire l'étape du Voyageur?
ALBERICH éclate d'un rire hargneux.
Esprit de fureur! génie d'intrigue! Si pourtant j'étais, à ton avantage, aussi aveugle, aussi naïf qu'autrefois quand tu me pris au piège! Comme tu réussirais sans peine à me dérober encore l'Anneau! Prends garde: ton art, je le connais bien, mais ton faible non plus n'est pas un secret pour moi. Mes trésors ont payé ta dette; mon Anneau, l'effort des Géants qui t'avaient édifié ton Burg: ce qu'avec les arrogants, jadis, tu as conclu, les Runes en sont encore aujourd'hui garanties par la hampe souveraine de ta Lance. Ce qu'à titre de salaire tu leur as compté, tu ne peux l'arracher aux Géants: tu briserais toi-même la hampe de ta Lance; dans ta main le sceptre suprême, tout fort qu'il est, tomberait en poudre.
LE VOYAGEUR
S'il m'a soumis ta méchanceté, ce n'est point par les Runes-de-Foi d'aucun pacte; s'il t'asservit à moi, c'est par sa force propre: aussi est-ce pour la guerre que je le garde avec soin.
ALBERICH