(SIEGFRIED cependant, sorti de l'antre avec le Tarnhelm et l'Anneau[475-1], s'est avancé, pensif et d'un pas lent: il contemple en rêvant sa proie, et, parvenu sur la plate-forme, de nouveau fait halte auprès de l'arbre.—Grand calme.)
SIEGFRIED
Quoi faire de vous, je ne sais: mais je vous ai pris sur l'Or amassé du Trésor, parce qu'un bon conseil me l'a conseillé. Eh bien, que votre parure atteste cette journée: qu'elles me rappellent, ces bagatelles, qu'en combattant ici j'ai mis à mort Fafner, mais pas encore appris la Peur! (Il met le Tarnhelm à sa ceinture, et l'Anneau à son doigt.—Calme, silence, grandissants murmures de la Forêt.—Instinctivement SIEGFRIED cherche des yeux l'OISEAU, et l'écoute, en retenant son souffle.)
LA VOIX DE L'OISEAU DE LA FORÊT, dans le Tilleul.
Heï! c'est Siegfried le Maître, à présent, du Heaume et de l'Anneau! O s'il pouvait se méfier du traître Mime! S'il pouvait écouter, d'une oreille attentive, les hypocrites propos du fourbe, Siegfried pourrait aussi, grâce aux effets du sang, voir clair au fond du cœur de Mime.
(La mine de SIEGFRIED, et son geste, expriment qu'il a compris l'OISEAU[475-2]. Il voit approcher MIME et reste, jusqu'à la fin de la scène suivante, dans la même attitude, à la même place, sur la plate-forme: immobile, appuyé sur son Glaive, observant,—renfermé en soi.)
MIME, approchant avec lenteur.
Il rêve, il suppute le prix du butin:—certain sage Voyageur, s'il rôdait par ici, pourrait bien enjôler l'enfant par d'habiles Runes? Que doublement subtil soit à présent le gnome: il s'agit à l'instant, pour moi, du plus adroit des pièges à tendre; il s'agit, par la familiarité d'insidieuses phrases, d'abuser l'arrogant enfant! (Il se rapproche de SIEGFRIED). Bienvenue à toi, Siegfried! Hé bien, toi l'Intrépide[476-1], la Peur, l'as-tu apprise?