MIME

Où prends-tu cela?—Siegfried, entends-moi donc, mon fils! Toi et ta nature, de tout temps, je vous ai haïs du fond du cœur. Si, toi qui m'es odieux, je t'élevai, ce ne fut point par amour: il s'agissait pour moi, quand je m'imposai cette peine,—de l'Or; du Trésor, gardé par Fafner. Si tu ne me le donnes pas, à présent, de bonne grâce,—Siegfried, mon fils, tu le vois toi-même,—c'est ta vie qu'il faudra me laisser!

SIEGFRIED

Que tu me hais, je l'entends avec plaisir: mais c'est ma vie aussi qu'il faut te laisser?

MIME

Je n'ai pourtant pas dit cela? C'est toi qui me comprends mal! (Il s'efforce visiblement de dissimuler). Voyons, tu es las, d'une lassitude rude; tu as chaud, ton corps est brûlant; il faudrait, pour te rafraîchir, quelque réconfortant breuvage: ma sollicitude y a pensé. Tandis que tu forgeais ton Glaive, je brassais le cordial qu'il te faut: si tu le bois à présent, j'aurai gagné ton Glaive, ton fidèle Glaive, et le Heaume et le Trésor avec (Il en ricane).

SIEGFRIED

Ainsi tu veux me voler mon Glaive et ce que j'ai conquis, Anneau et butin?

MIME