LES TROIS NORNES

A son terme l'éternelle science! Les sibylles n'ont plus rien à dire à l'univers:—En bas vers notre Mère, en bas! (Elles disparaissent.)

Le jour dont la clarté, naissante, durant la fin de la scène a grandi de plus en plus, achève de se lever; et fait, aux profondeurs, pâlir le reflet des flammes.


SIEGFRIED et BRÜNNHILDE sortent de la grotte. SIEGFRIED est armé de pied en cap, BRÜNNHILDE mène son cheval par la bride.

BRÜNNHILDE[519-A]

A de nouveaux exploits[519-1], bien-aimé Héros, pourrais-je, t'aimant, ne point te laisser? Un unique souci me préoccupe: ma valeur personnelle t'a profité trop peu!—Ce que les Dieux m'avaient révélé, le riche trésor des Runes sacrées[519-2], je te l'ai donné: mais aussi est-ce la souche virginale de ma force que m'a prise le Héros, mon maître désormais.—Puisses-tu ne point dédaigner celle qui, vide de science, mais pleine de désir, riche d'Amour, mais pauvre en puissance, n'a plus rien à te donner[519-3], rien—sinon ses souhaits!

SIEGFRIED

Femme admirable! tu m'en as donné plus que je ne suis à même d'en garder: ne t'irrite point, si, malgré tes leçons, je reste ignorant! La seule chose que j'ai bien retenue, la voici: Brünnhilde vit pour moi; la seule leçon que j'ai vite apprise, la voici: Souviens-toi de Brünnhilde![520-1]