BRÜNNHILDE, toute aux transports de la joie la plus vive.
Ainsi tu as osé, par amour pour Brünnhilde, enfreindre l'interdit de Wotan? Ou alors quoi! ô dis! se pourrait-il qu'envers moi Wotan se fût adouci! Lorsque en dépit du Dieu je protégeai Siegmund, en étant coupable,—je le sais,—je réalisai pourtant son Désir: que sa colère s'atténua, je le sais aussi: car, s'il m'enferma dans le sommeil, s'il m'enchaîna sur ce Rocher, s'il me voua pour servir l'Homme qui me trouverait et qui m'éveillerait,—à ma tremblante prière il n'en fit pas moins droit: d'un feu dévorateur il entoura le Rocher, pour qu'au lâche en fût clos le chemin. C'est ainsi que ma béatitude est sortie du châtiment même: le plus grand des Héros m'a conquise pour épouse; son Amour aujourd'hui m'éclaire, c'est dans cette splendeur que je vis et ris.—O sœur, est-ce mon sort qui t'attire? Est-ce de mon bonheur que tu veux te repaître? de lui, que tu veux prendre ta part?
WALTRAUTE
Prendre part au délire qui t'égare, insensée?—Autre chose me pousse, pleine d'angoisse, à désobéir à Wotan.
BRÜNNHILDE
D'angoisse? la peur t'étreint, ô pauvre?—Ainsi donc, le Sévère ne pardonne point encore? Il châtie? Tu crains sa fureur?
WALTRAUTE
Puissé-je la craindre! au moins mon angoisse prendrait fin!
BRÜNNHILDE
Stupéfaite, je ne te comprends pas!