BRÜNNHILDE
Ha! sais-tu, ce que pour moi il est? Comment peux-tu le comprendre, toi, insensible vierge! Il est pour moi plus, cet Anneau, plus que les délices du Walhall, plus que la gloire des Eternels: un seul regard, jeté sur son Or clair, un seul éclair, de sa splendeur sacrée, sont, pour moi, plus précieux que la perpétuation du bonheur des Dieux, de tous les Dieux! car, bienheureusement, c'est par lui que rayonne, à mes yeux, l'Amour de Siegfried: l'Amour de Siegfried—ô puissé-je t'exprimer cette béatitude!—c'est de cet Amour que m'est garant l'Anneau.—Vers l'auguste assemblée des Dieux, va-t'en d'ici; pour mon Anneau, rapporte-leur ceci: l'Amour, non, jamais je n'y renoncerai, l'Amour, non, jamais ils ne me l'arracheront,—dût s'écrouler en ruines la splendeur du Walhall!
WALTRAUTE
Et voilà ta fidélité? C'est quand elle désespère que tu délaisses ta sœur?
BRÜNNHILDE
Va-t'en sans délai; vole à cheval: l'Anneau, tu ne me l'arracheras point!
WALTRAUTE
Malheur! Malheur! Malheur! sur toi, sœur! Sur les Dieux du Walhall, malheur!
(Elle s'en va précipitamment; on entend bientôt, vers la sapinière, comme le bruit d'une cavale qui s'éloigne et s'ébroue.)
BRÜNNHILDE, suivant des yeux une nuée orageuse, qui s'élance, sillonnée d'éclairs, et bientôt disparaît au loin.