(Il se retire tranquillement[608-1] et gagne, seul, la hauteur: on l'y voit longtemps s'éloigner sans hâte.—GUNTHER, douloureusement saisi[608-2], se penche vers SIEGFRIED. Les HOMMES se tiennent en cercle autour du moribond, dans une attitude pleine d'intérêt. Long silence de stupeur et d'émotion profondes[608-3][608-A].)
(L'ombre crépusculaire a commencé de grandir dès l'apparition des corbeaux.)[608-4]
SIEGFRIED, ouvrant avec effort, une suprême fois, ses yeux radieux, et parlant d'une voix solennelle.
Brünnhilde—sainte fiancée—réveille-toi![608-B] rouvre les yeux! Qui donc t'a de nouveau rendormie? Qui t'a liée d'un tel sommeil?...oh! ton pauvre sommeil tremblant! Voici l'éveilleur; son baiser t'éveille, il brise, une fois encore, les liens de la fiancée:—la joie de Brünnhilde, alors, lui rit, la joie de Brünnhilde!—Ah! cet œil, désormais rouvert, éternellement!—ah! cette haleine, ce souffle délicieux!—Doux mourir!—affres bienheureuses:—c'est Brünnhilde qui—me salue!—(Il meurt.)
(Les HOMMES placent le cadavre sur le bouclier[609-1], le soulèvent et l'emmènent, d'une marche solennelle, sur la hauteur, qu'ils montent lentement. GUNTHER suit, auprès du cadavre[609-A]).—
(La lune sort des nuages et illumine, sur la hauteur, la pompe funèbre qui s'éloigne.—Puis, du Rhin, des brouillards s'élèvent, et graduellement remplissent toute la scène.—Le décor, lorsqu'ils se dissipent, est transformé.)
LA SALLE DU MANOIR DES GIBICHUNGEN
(avec, ainsi qu'au premier acte, le libre espace de rive menant au Fleuve.—Nuit. Clair de lune réfléchi par le Rhin qui miroite.)
(GUTRUNE sort de chez elle pour entrer dans la salle.)
GUTRUNE
Était-ce son cor? (Elle écoute.) Non!—il n'est toujours point de retour.—Des songes funestes[610-1] ont troublé mon sommeil!—J'entendais son cheval sauvagement hennir[611-1]—Brünnhilde, éclatant de rire[611-2], m'éveillait en sursaut.—Cette femme que vers le Rhin j'ai vue marcher, qui était-elle?—J'ai peur de Brünnhilde![611-3] Est-elle dans sa chambre? (Elle écoute près d'une porte à droite, puis appelle à mi-voix.) Brünnhilde! Brünnhilde! es-tu éveillée?—(Elle ouvre tout doucement et regarde à l'intérieur.) Personne!—Ainsi c'était bien elle, que j'ai vue marcher du côté du Rhin?—(Elle tressaille, l'oreille aux aguets vers le lointain.) Qu'ai-je entendu? son cor?—Non!—tout est désert!—Siegfried! le voir, seulement! le voir vite! (Elle s'apprête à rentrer chez soi: mais, lorsque la voix de Hagen la frappe, elle s'arrête et longtemps demeure sur place, immobile, paralysée par la terreur.)
La voix de HAGEN, du dehors, où elle sonne de plus en plus proche.