[382-1] «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre: l'un avait nom Hialmgunnar: il était vieux, c'était le plus vaillant des guerriers et Odin lui avait promis la victoire. L'autre s'appelait Agnar, frère d'Auda, et personne ne voulait le protéger. Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat.» (Sigurdrifumàl.)
[383-1] Littéralement: «Le volant», «le flottant.»—Cf. p. 375, note.
[384-1] Faut-il signaler à nos pions cet autre exemple de «sublime»? Ils ont le droit d'admirer, nous le leur affirmons.
[385-1] «Fafnir se dirigea vers la Guitaheide, s'y fit une couche, prit la forme d'un dragon et s'étendit sur l'or.» (Edda de Snorro.)
[385-A] Ces paroles de Siegrune et de Schwertleite sont soulignées, à l'orchestre, par les motifs de l'Anneau et du Dragon. (Partition, pages 227 et 228.) Le Motif du Dragon a déjà paru, dans Rheingold (partition de Rheingold, page 150), lors de la première métamorphose d'Alberich. On remarquera le souci qu'eut Wagner de ménager des retours de ce motif, qui n'est point pourtant fondamental dans l'œuvre. Mais cela prouve que sa conception lui est présente, à tout instant, dans tous ses détails,—détails non improvisés...—Ces lignes pour qui pourrait croire,—après d'autres,—que le Dragon est une fâcheuse... superfétation.
[386-A] A ces paroles:
«... Des héros du monde, le plus sublime.»
l'orchestre déroule, à la basse, sous une suite de clairs accords passionnés, l'héroïque phrase du thème de Siegfried, phrase que reproduit exactement la voix de Brünnhilde. (Partition, pages 230 et seq.) Bien volontiers dirions-nous que ce thème d'héroïque allure, que ce long thème double, proclamé par la double puissance de la voix et de l'orchestre, est parmi «les plus beaux» de la Tétralogie, comme il en est l'un des plus longs, si dans la conception dramatique de Wagner, d'une unité si profonde, où, toujours, dans une mesure précise,—ni plus, ni moins,—l'expression musicale correspond à l'intensité du sentiment,—l'on pouvait, réflexion faite, véritablement, avancer, sans hérésie, que «ceci est plus beau que cela». Ces réserves données, il faut ajouter que ce thème est sublime de grandeur épique et d'éperdue passion. Il est,—mais plus largement,—de la même venue que le thème de l'Epée.
[387-1] Les sources scandinaves mettaient cette prophétie dans la bouche de Siegmund mourant. (Voir en note, dans l'Étude d'Edmond Barthélemy, p. 201, l'analyse de la Völsunga.) Hjördis, femme de Siegmundr, vient sur le champ de bataille; le héros dit alors ceci: «Odin ne veut plus que je brandisse mon glaive; gardes-en les morceaux avec soin, car de toi va naître un fils qui sera le plus glorieux héros de notre race; il portera victorieusement l'épée qu'on reforgera avec ces débris que je te donne, et on nommera cette épée Gram (angoisse, colère).» Dans les Chants des Iles Féroë, récit tout à fait analogue: «Hjördis s'enveloppa d'un manteau bleu et se rendit sur le champ de bataille où gisait Sigmund:...—«Tu es venue trop tard, Hjördis, pour m'apporter les baumes qui pourraient guérir mes blessures... Prends les deux morceaux de mon épée et fais-les porter au forgeron par le jeune fils que tu as conçu. L'espoir que tu portes en ton sein, c'est le fils d'un héros. Élève-le avec soin et donne-lui le nom de Sjurd. Je te le dis en vérité, ce fils vengera ma mort.»
[387-2] Littéralement: «Celui qui, de nouveau jointe,—Brandira cette Épée un jour,—Que de moi il reçoive son nom:—«Siegfried»: [c'est-à-dire] qu'[il] se réjouisse de» (ou «dans», ou «par») «la victoire.»—Étymologiquement, Siegfried se compose du mot Sieg, victoire, et du mot Friede, qui signifie paix. Dans la première version du Crépuscule-des-Dieux, laquelle, sous le nom de Siegfried's Tod, était comme une condensation de la Tétralogie future, Wagner faisait dire par une Norne: «Durch Sieg bringt Friede ein Held,» «Par la victoire, un Héros apportera la paix.»—Mais ce sens ne s'adaptant plus à sa conception nouvelle du rôle de Siegfried, lorsque Siegfried's Tod (la Mort de Siegfried), drame d'abord unique, se déquadrupla, il aima mieux ramener, un peu arbitrairement, le deuxième élément du nom de son héros à cette idée de Joie, Freude, qui sonne à peu près comme Friede. Le caractère de Siegfried, der überfrohe Held, «le Héros joyeux-à-l'excès», dans les deux derniers drames du Ring, commente et justifie assez cet arbitraire. Aussi bien Wagner n'était-il pas libre de modifier le nom de Siegfried, et l'interprétation qu'il en a su trouver témoigne, opportune comme elle est, de l'extraordinaire souplesse de son génie, non moins attentif aux plus petits détails, que capable des plus compréhensives synthèses.—Du reste, on pourrait presque dire qu'il est revenu au sens des sources scandinaves: «Sig-Urd», «Destinée-de-la-Victoire.»