[463-1] Waldweben.—L'idée du Waldweben se trouve dans le Wieland der Schmied de Simrock. Mais qu'importe une telle origine, étant donné ce qu'a fait Wagner de cette idée?—Peu d'habitués de nos concerts qui n'aient entendu le Waldweben: on voit par lui quelle communion s'établit entre la Nature, la Forêt vivante,—et l'âme de Siegfried. C'est de ces murmures de la Forêt que se dégage, pour flotter d'abord autour de lui, pour pénétrer ensuite en lui, ce qu'on appelle «la pensée de la mère.» Il n'est pas neuf de signaler, dans cette prestigieuse symphonie, l'intervention du thème dit Wellenbewegung, qui, d'un bout à l'autre du Ring, chante l'éternel renouvellement, l'éternelle succession, l'indéfini devenir des choses, des existences, et dont le mélodieux panthéisme, ici tout particulièrement, suggère la présence de l'âme de Sieglinde, indiquée d'ailleurs par un autre thème. Mais cette présence, à qui connaît l'œuvre allemande et la langue allemande, n'est-elle pas rendue évidente, en dehors même de la musique, par le choix des termes du texte? Sous quel arbre Siegfried s'est-il assis? Sous un Tilleul. Et l'Oiseau-de-la-Forêt, l'Oiseau qui tout à l'heure, prophétique, guidera l'innocent, sur quel arbre chante-t-il, sur lequel reste-t-il? Sur le Tilleul, et dans le Tilleul. C'est le choix de cet arbre qui, dans le poème de Siegfried, exprime pour le lecteur cette présence de Sieglinde, cette présence de l'âme de Sieglinde, sensible à l'auditeur-spectateur du Drame intégral, du Wort-Tondrama, du Drame Musical-Poétique-Plastique.—Le choix de cet arbre?—Sans doute; voici: Tilleul, en français, n'évoque rien; mais si Tilleul se prononçait Linde; si Linde était l'un des éléments constitutifs du nom de Sieg-Linde, n'évoquerait-il pas bien des choses? Or tel est le cas; ma preuve est faite. Il me reste à la compléter par l'étymologie de Sieglinde, que j'ai promise antérieurement. Tout d'abord le mot Sieg (victoire) entre dans la composition du nom de chacun des Wälsungen (Sieg-mund, Sieg-linde, Sieg-fried), ce qui est logique, Wälse n'étant autre que Wotan, et Wotan s'appelant quelquefois Sieg-vater, le «Père-des-Victoires.»—Sieg-Linde pourrait donc se traduire, à peu près: «Tilleul-de-Victoire». C'est un nom plus ou moins peau-rouge? Je le reconnais; mais il n'est tel qu'en apparence. Car ouvrons par exemple Schade (Alt-deutsches Wörterbuch, 2e éd., Halle, 1872-82), au mot Linde: nous y lirons que Linde (Tilleul) est ainsi désigné à cause de la tendresse, délicatesse, souplesse et flexibilité du bois, «von der Weichheit und Nachgiebigkeit genannt, sowol von der weichen Spinde des Baums zwischen Rinde und Kern, als auch von dem weichen nachglebichen Holze.» Or, tendre (au propre et au figuré), délicat (au propre et au figuré), ces adjectifs desquels Schade nous a convaincus que le Tilleul a tiré sa dénomination, se rendent en haut-allemand (alt et mittelhochdeutsch) par lind, lindi, linde, que le même philologue définit par weich (tendre, délicat, sensible), sart (tendre, délicat) sanft (tendre, doux, suave), etc. Pas n'est même besoin de remonter si loin: lind existe encore au sens de gelind, doux, avec les dérivés lindern, adoucir, et Linderung, adoucissement.—Il en résulte que Sieg-linde outre l'idée de victoire (Sieg), commune à tous les Wälsungen, évoque l'idée de tendresse, douceur; et que, par l'un de ces jeux de syllabes, désormais connus du lecteur comme si familiers à Wagner, Linde, dernière partie du nom, sert à investir génialement ici, comme d'une supplémentaire beauté philologique, l'incomparable poésie, la réalité symbolique, et la musicale vérité de la métempsychose maternelle.

[466-1] «Le dragon en rampant s'éloigne de son or, qu'on le sache bien. Sjurd... saisit sa lance terrible et s'arme aussi de son épée.—La chute d'eau était haute de trente coudées, et le dragon était couché dessous. Son ventre reposait sur les rochers, mais ses deux nageoires s'élevaient dans les airs... Et voilà le vaillant Sjurd qui brandit son épée...» (Chants des Iles Féroë.)—Touchant la vraisemblance scénique de cet épisode du Dragon Fafner, dans les conditions toutes spéciales du Festspiel-Haus de Bayreuth, cf. l'Avant-Propos, p. 132, note (2).

[467-1] «Sjurd perça le cœur quoiqu'il fût difficile d'y arriver. Il le perça de sa lance qui avait trente aunes de long.» (Chants des Iles Féroë.)

[467-2] «Sigurd et Regin montèrent vers la Gnita-Heide et y trouvèrent le sentier par lequel Fafnir rampait vers l'eau. Dans ce sentier Sigurd creusa une fosse profonde et s'y cacha. Quand Fafnir quitta l'or sur lequel il était couché, de sa bouche il lança du poison qui tomba sur la tête de Sigurd. Mais quand Fafnir passa au-dessus de la fosse, Sigurd lui plongea son épée dans le cœur. Fafnir se débattait et frappait de la tête et de la queue...» Ce récit sommaire, placé en tête du Fafnismal (Edda de Sœmund) et abrégé encore dans l'Edda de Snorro, donne assez bien l'idée de ce qu'est le combat de Sigurd en presque toutes les autres sources, y compris les Chants des Iles Féroë. La place me manque ici pour citer davantage.

[468-1] «Compagnon, compagnon, quel compagnon t'a donné le jour? De quel homme es-tu le fils, toi qui as osé teindre ton arme brillante dans le sang de Fafnir? Ton épée a transpercé mon cœur... Qui t'a poussé et comment t'es-tu laissé pousser, ô jeune homme, à me tuer?...» (Fafnismal, dans l'Edda de Sœmund).

[468-2] «Je m'appelle un prodige, et je marche ci et là sans avoir connu de mère. Je n'ai point non plus de père comme les autres hommes. Je m'avance solitaire.»—«Mon cœur me poussait en avant, mes mains et ma bonne épée ont fait le coup.» (Fafnismal.)

[468-3] «Qui t'a poussé et comment t'es-tu laissé pousser à me tuer, ô jeune homme à l'œil lumineux?» (Fafnismal.)

[469-1] «FAFNER: «Je me croyais plus fort que les autres hommes, et je n'ai trouvé personne qui me résistât.» (Fafnismal.)

[469-2] ... ein rosiger Held...

[469-3] «GRIPIR: J'ai pu voir dans tout son éclat le printemps de ta vie.» (Grepisspà.)