[504-1] Dans toutes les sources scandinaves, Grani est le cheval de Sigurd avant même la mort de Fafnir, avant même que Regin lui ait forgé l'épée. «Va,» dit à Sigurd la veuve de Sigmund, «va vers la cascade et jette une pierre dans le fleuve et prends le cheval qui ne recule pas devant toi.» Il alla vers la cascade, jeta une pierre dans le fleuve et prit le cheval qui ne recula pas devant lui. Il était choisi parmi tous ceux du royaume, et c'était le meilleur, et il fut appelé Grani, le cheval de Sjurd.» (Chants des Iles Féroë.) Le cheval de Sigurdrifa, celui qui «l'avait emportée hors de la mêlée», s'appelait d'autre part Wingskornir, d'après le Fafnismal de l'ancienne Edda.

[505-1] «Brinhild est assise à Hildarfiall, elle est rebelle à l'amour.» (Chants des Iles Féroë.) «Ecoute-moi, Sjurd, fils de Sigmund, ne sois point si prompt.» (Id.)

[507-1] «L'inclination du héros se tourna vers celle qui prétendait l'avoir aimé de tout son cœur avant de l'avoir vu.» (Le Poème Antique sur les Vœls, 2.) Il s'agit là de Helge, autre fils de Sigmund; et de Sigrun, autre Walkyrie. Mais la légende de leurs amours est si voisine de celle de Sigurd et Brynhild, qu'on peut véritablement croire à quelque identification.

[508-1] «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre.» etc. (Sigurdrifumàl. Voir l'annotation de la Walküre.) «Sigurd dit: «... Je le jure, je veux que tu sois à moi, car tu es comme je le désire.» Elle répondit: «C'est toi que je préfère et nul autre, quand j'aurais à choisir parmi tous les hommes.» Et leurs serments confirmèrent ces paroles.» (Id.) «Va d'abord à la cour de mon père et demande-lui conseil.» Sjurd, fils de Sigmund, parla; il était à la fois sage et beau: «Tu as reçu peu de bons avis de ton père, car tu as attendu longtemps ma venue. Je ne vais point vers ton père, afin de lui demander son conseil.» Les liens de l'amour l'attachèrent à la jeune fille pleine de savoir. ... Il se coucha dans les bras de Brinhild.» (Chants des Iles Féroë.)

[510-1] Ne nous refusons pas le triste plaisir d'indigner le lecteur, encore tout ému par cette scène sublime (sublime au sens concret du Drame, sublime et redoutable au sens symbolique,—puisqu'il s'agit de la fin d'un Monde!), en mettant sous ses yeux l'étonnant résumé qu'en trouva naguère—car c'est une trouvaille!—l'un des commentateurs qui le plus contribuèrent (avec les meilleures intentions, je me hâte de le reconnaître) à répandre chez nous l'idée que Richard Wagner, cet incomparable Poète! ne fut que son propre librettiste: «Après les amours de frère à sœur, ceux de tante à neveu!» (p. 237). Oui, ces sublimes symboles, voilà ce que c'est, lecteurs: n'est-il pas vrai que c'est à pleurer? car on ne peut rire de cela—qu'aux larmes!—Je ne multiplierai point des exemples pareils. Que celui-ci suffise, et celui de la page 494! En les fournissant, j'accomplis un devoir, qui m'est fort cruel, je puis le dire, car j'aimerais beaucoup mieux qu'on eût compris Wagner. Mais il faut avant tout démontrer au lecteur avec quelle prudence il importe de consulter certains livres, riches d'ailleurs de détails biographiques précieux quoique présentés sous un faux jour.

[510-A] Le thème qui domine, parmi toute l'ampleur fervente de ces dernières harmonies, est le thème de l'Amour de Siegfried et de Brünnhilde. Il s'avoisine de plus en plus, vers l'extrême fin, ayant accéléré son dessin, aux motifs d'impétuosité entendus, au début de l'acte, dans le tableau de l'enfance de Siegfried. Ce que certains wagnéristes, et non des moindres, ont regretté.—Pourquoi? Peut-être, au strict point de vue de l'expression musicale, ont-ils raison. Mais qu'on laisse revenir en sa mémoire d'autres harmonies d'amour, les motifs de l'Amour de Siegmund et Sieglinde.—Comparaison mélancolique! Alors, les Dieux fleurissaient encore. Ils mettaient dans l'âme de leurs enfants cet infini bercement, qui s'exhalait en vagues cantilènes parmi la religieuse sérénité des nuits de printemps.—Mais ici l'Humanité se lève, prompte, ivre d'elle-même,—ne voyant qu'elle. On saisit la nuance. (Partition, de la page 297 à la fin.)

[513-A] Prélude.—Après les harmonies du Réveil de Brünnhilde, voici, plus majestueusement réapparu[513-A-a], plus profond, le Thème de la Nature Eternelle. Par deux fois le rythme se gonfle; il demeure suspendu. Puis au bout d'un long, d'un morne silence, lorsqu'a surgi la formidable apparition des Nornes, il revient, s'étale en sombres ampleurs; et, après un accord formé du motif mélodique de la Nature, la première Norne commence son grave chant.

(Partition du Crépuscule-des-Dieux, pages 1 et 2.)

[513-A-a] Il ne faudrait pas croire que ce thème réapparaît selon la même suite qu'au début de Rheingold. Les deux motifs constitutifs en sont, au contraire, intervertis ici. Le motif qui, dans Rheingold, apparaît le premier et se développe tout d'abord, figurant un fil méthodique, sur l'épanchement ininterrompu des accords, n'arrive ici que le second.

[514-1] «Il faisait nuit dans le château; les Nornes... arrivèrent... Elles filèrent avec force le fil du destin, et tout le château trembla dans Brölund. Elles déroulèrent la ganse d'or et la fixèrent en-dessous de la salle de la lune. Elles en attachèrent les bouts à l'Est et à l'Ouest. Alors la sœur de Nere lança un fil au Nord, en lui ordonnant de durer éternellement.» (Le Poème sur Helge, ou Helge-Kvidha, dans l'Edda de Sœmumd.)