[622-1] «Le Rhin seul possédera ce trésor connu des Ases et qui portait malheur aux hommes, l'héritage des Niflungen. Les anneaux d'or jetteront un plus vif éclat, dans les vagues du fleuve qui les ballotte, qu'aux mains des fils des Hiunes.» (Atlakvidha).
[622-A] Ici une forme rapide de la Mélodie primitive. (Partition, page 326, en bas.)
L'âme de la Nature (Erda) se multiplie, enveloppe le Drame.
A vrai dire, cette mélodie, ici, ne revient plus à tel ou tel endroit distinct: complète ou fragmentée, elle demeure comme continuellement tressée au travers des autres harmonies. Parfois, deux ou trois mesures, en un frisson rapide, suffiront pour l'évoquer. (Cf. Exemple noté ci-dessus.)
[622-B] «... A vous, ô sœurs...»
Complétant l'évocation de la Ur-melodie (Voy. note précédente), c'est un déroulement, ici, des trois motifs des Ondines.—Ils enveloppent de leur bercement toutes ces catastrophes. Voici le chant de Woglinde, si moelleux; il nous rappelle l'Oiseau de la Forêt, toutes les brises de paix qui flottèrent çà et là, dans les intervalles des tourbillons dramatiques, et qui reviennent maintenant pour endormir toutes les douleurs (Partition, page 327).
[623-1] «Vous, Vie en fleurs, race survivante...» Ce passage, sur la Partition, n'existe point. Les trente vers dont il se compose (jusqu'à: Deux jeunes hommes acconduisent le cheval) sont nécessaires à la lecture, car «ils résument» explicitement la moralité de l'œuvre. Mais Wagner les a supprimés pour l'exécution, sachant que le Drame seul, drame de passions et de faits sensibles, doit être présenté au spectateur, et sachant surtout que la musique, par la réunion synthétique des motifs principaux du Ring» (voir le Commentaire musicographique) «et le triomphe du thème de la Rédemption par l'Amour rendaient toute explication superflue.» (Alfred ERNST). J'ai moi-même exprimé des idées analogues en une Note destinée à préparer celle-ci (Cf. l'Avant-Propos, p.117).
[623-2] Comparer, dans l'ancienne Edda, les paroles de Grimner (Odin): «J'ai maintenant révélé ma forme aux fils des hommes. Elle leur donnera le salut.» (Poème de Grimner, 45.)
[624-1] Voir d'abord la note de la p. 517.—Carlyle ajoute: «Le vieil Univers avec ses Dieux s'est abîmé; mais ce n'est pas la mort finale: il doit exister un nouveau Ciel et une nouvelle Terre; un plus haut Dieu suprême et la Justice doivent régner parmi les hommes. Curieux: cette loi de mutation, qui est aussi une loi écrite dans l'intime pensée de l'homme, avait été déchiffrée par ces vieux et sérieux Penseurs (les Scandinaves), en leur rude style; et comment, quoique tout meure, et que même les dieux meurent, toute mort n'est pourtant que la mort de feu du phénix, et une renaissance en Plus Grand et en Mieux! C'est la fondamentale Loi de l'Etre pour une créature faite de Temps, vivant en ce Lieu d'espérance. Tous les hommes sérieux l'ont pénétrée, peuvent encore la pénétrer.» (Les Héros, traduction citée, page 43.) La «Wola» de l'Edda de Sœmund, prophétisant cette renaissance, parle de soi-même: «Elle voit un palais plus beau que le soleil et couvert d'or, sur Gimle-la-Haute; les races bonnes y seront heureuses éternellement. Alors viendront au grand jugement le Riche, et le Fort qui le domine. Celui qui dispose de tout terminera les procès, les querelles...» (Völuspa. 65, 66). Et l'autre Edda, celle de Snorro, complète: «Deux êtres humains, Lif et Lif-Thrasor (la Vie et la Vigueur-de-la-Vie) se soustrairont aux flammes de Surtur, dans le bois de Hoddmimer; ils se nourriront de la rosée du matin. De ces hommes descendra une famille si nombreuse qu'elle peuplera le monde entier.»
[624-2] Sur Grane, voir les notes 1 et 2 de la p. 522.—Ces suprêmes paroles de Brünnhilde à Grane, ces paroles si belles, si touchantes, n'empêchent pas certains wagnériens sérieux d'anathématiser cette «bête de perdition.» Quant à moi, je ne conçois même pas comment, à la représentation, l'on pourrait se passer de sa présence en un si parfait dénoûment. L'Edda ne fait pas mourir Grani sur le bûcher commun de Sigurd et de Brynhild. Qu'on veuille bien toutefois se reporter d'abord à la note ci-dessus recommandée, et ensuite lire ces mots qu'attribue à Gudrun le Gudrunnarkvidha önnur: «J'entendis résonner les sabots de Grani qui revenait; mais je ne vis pas Sigurd lui-même... L'âme affligée, j'allai parler à Grani, et, les joues humides de pleurs, j'interrogeai le cheval. Grani courba la tête jusqu'à terre: il savait bien que son maître était mort.» Comparer aussi la note (1) de la p. 611.