Elle lui tendit sa botte sans rien perdre de sa sérénité.

Et Zomiofalski, le gentilhomme polonais, s'inclina profondément et pressa avec ardeur ses lèvres sur le maroquin des bottes de Mardona la paysanne.

« Tu me permets désormais de te rendre visite? tu me permets de t'aimer? lui demanda-t-il.

- Sans doute, répondit-elle. Seulement je ne serai jamais à vous. »

Lorsque la Mère de Dieu accompagna Zomiofalski jusqu'à son traîneau, à travers la haute neige, où l'on n'avait tracé qu'un petit sentier, Sabadil se tenait là, les mains dans ses poches. Il ne retira pas son bonnet. Quand le cocher fit claquer son fouet pour le départ, Sabadil proféra un juron énergique en grimaçant. A peine le tintement des clochettes se fut-il perdu dans l'éloignement, Mardona s'avança vers Sabadil. Elle voulait l'interroger sur sa conduite; il la prévint.

« Je vois, lui dit-il, que tu as déjà fait la conquête de ce noble seigneur. »

Les paroles sifflaient entre ses lèvres comme des gouttes d'eau qui tombent sur du fer rouge.

« Dis-moi, comment t'y es-tu donc prise pour le gagner aussi vite? Tu n'as sûrement été avare ni de paroles ni surtout de baisers? »

Mardona le regarda avec une surprise mêlée de dédain, mais sans pitié. Elle était femme après tout, et la jalousie de Sabadil la flattait agréablement.

« Toi, dit-elle au jeune homme, tu ignores la vraie croyance, tu n'as pas la foi. Voyons, peut-on être jaloux de Dieu? Désires-tu que le soleil luise pour toi seul? Je suis comme Dieu dans sa miséricorde, comme le soleil qui existe pour tout le monde. Prétends-tu me tracer une ligne de conduite? Viens! j'ai à te parler. »