Sabadil s'assit par terre et appuya sa tête sur une pierre recouverte de mousse. Il écouta un moment encore les grelots des chevaux qui paissaient dans la prairie, puis il s'endormit.

Lorsque Sabadil se réveilla, un frisson de fièvre le secoua. Il se leva, rejeta ses cheveux en arrière, et regarda autour de lui. Le soleil n'était pas levé. On ne voyait aucune lueur à l'horizon. Cependant l'obscurité était moins intense. Les étoiles pâlissaient. Le vent était vif et frais. Il soufflait à travers les arbres, dont les feuilles frissonnaient comme des bannières. Il faisait vraiment très froid.

Soudain une clarté livide passa dans la campagne et sur les pâturages; les oiseaux se mirent à chanter dans les jardins et sur les arbres de la forêt, tous à la fois et joyeusement.

Des lumières parurent aux croisées de la métairie.

La porte s'ouvrit. Sabadil aperçut, agenouillée dans le corridor, une jeune fille occupée à laver les carreaux. Une bougie était placée près d'elle. Deux autres jeunes filles parurent, suivies d'une vieille femme; toutes trois sortirent, et restèrent un instant à respirer l'air frais du matin, dans le jour pâle de l'aube naissante. Enfin, elle parut, celle que Sabadil attendait, et à qui tous semblaient obéir dans la maison, l'étrangère de la forêt. Elle sembla à Sabadil plus grande et plus majestueuse encore, sur le seuil de la porte encadrée de roses sauvages, dans ses hautes bottes de maroquin rouge et sa pelisse bleue bordée d'agneau. Sur la tête elle avait un foulard blanc noué en manière de turban. Elle s'assit sur un banc, dans la galerie, et parut surveiller le travail de ses compagnes.

Une des jeunes filles, grande et forte comme l'inconnue, se rendit à la fontaine avec deux seaux passés à une perche qu'elle portait sur l'épaule. Elle remplit ses seaux à plusieurs reprises et alla les vider dans une grande cuve, près de la porte. La vieille femme et les deux filles revinrent apportant toutes sortes d'ustensiles de cuisine en terre et en bois, qu'elles se mirent à nettoyer dans la grande cuve. Chaque fois que l'étrangère donnait un ordre, celle à qui il était adressé accourait rapidement, et se tenait en sa présence dans une attitude respectueuse, comme une esclave.

Sabadil s'approcha de la haie, la franchit, traversa la galerie sur la pointe des pieds, et se présenta devant l'étrangère, subitement. Les chiens se précipitèrent vers lui, avec des hurlements terribles. L'étrangère étendit la main en leur ordonnant de se taire. Ils se retirèrent en grognant et en montrant leurs crocs aigus.

« Qui cherches-tu ici? demanda l'étrangère sans s'émouvoir et arrêtant sur lui un regard sévère.

- Toi.

- Moi?… Et que me veux-tu?