Mardona retira sa main. Sukalou entama le rôti, et en avala de grandes bouchées, avidement, tandis que la Mère de Dieu tirait du buffet un verre à pied et une bouteille d'eau-de-vie. Elle remplit le verre et le plaça devant Sukalou.
« Dieu te bénisse, consolatrice des affligés! » s'écria Sukalou, en étendant la main prestement vers l'eau-de-vie.
Mais déjà Mardona le retint et l'empêcha de boire.
« Mais toi, tu en sais plus long que ce que les gens disent. Ainsi, raconte. »
Sukalou regarda l'eau-de-vie et soupira.
« J'étais à la foire de Kolomea, commença-t-il, et j'y rencontrai ce Sabadil. Il avait beaucoup d'argent sur lui et paraissait très gai. Il acheta un collier de corail, un foulard de tête en soie bleue et encore un petit fichu, et le dimanche suivant, je vis….
- Que vis-tu? »
Mardona retira sa main.
« Je vis. - Sukalou vida le verre d'un trait. - A ta santé, reine des prophètes! Je vis donc, le dimanche suivant, Nimfodora qui avait mis ce foulard et ces coraux, et cet autre petit fichu, noué au cou. Je la taquinai là-dessus, mais elle ne rougit pas. Non, et même elle me regarda d'un air courroucé, comme si c'était moi qui avais commis la faute. Elle est, pour ainsi dire, déjà corrompue par cette Sofia.
- Sofia Kenulla?