- Oui, par elle; c'est chez elle qu'ils se rencontrent, et qu'ils se divertissent tous ensemble, continua Sukalou. Cette Sofia est un serpent venimeux, et je puis jurer que Sabadil lui a fait cadeau d'une paire de boucles d'oreilles en vrai or. »

Mardona fut saisie d'un léger frisson. Sa main saisit convulsivement le bord de la table, et ses lèvres eurent un sourire humilié, haineux et ironique. Personne, cependant, ne remarqua ce qui se passait en elle. Personne ne devina ce qu'elle souffrait.

A peine Sukalou fut-il parti, que Mardona envoya Turib à Brebaki, en traîneau. Le soleil se couchait lorsque celui-ci revint avec Nimfodora; celle-ci entra tout de suite dans la salle pour saluer la Mère de Dieu. Elle avait un foulard bleu noué dans ses cheveux noirs, le foulard dont Sukalou avait parlé. Elle frappa à terre de ses lourdes bottes pour détacher la neige qui les couvrait, et se débarrassa de sa pelisse d'agneau. Mardona vit alors qu'elle était parée d'un superbe collier de corail, et qu'elle avait au cou un petit fichu aux couleurs vives.

Mardona s'avança à la rencontre de son amie, et la prit par la main. Elle l'emmena dans sa chambre, traversant la cour sans proférer un mot. Quand elle fut chez elle et qu'elle eut soigneusement refermé la porte, elle s'assit dans son fauteuil. Nimfodora voulut lui baiser la main; elle la lui retira lentement, d'un geste hautain.

« Ne m'embrasse pas, lui dit-elle. Jette-toi plutôt à genoux, et avoue ta faute. »

Elle regardait Nimfodora fixement, dardant ses yeux dans les yeux de la jeune paysanne, que celle-ci, contre son habitude, ne put baisser à terre, mais tint attachés au regard de son juge, grands ouverts, effarés, comme implorant grâce. Nimfodora tremblait de tous ses membres. Elle s'agenouilla sur le carreau sans rien dire.

« Parle! de qui tiens-tu ce foulard?

- C'est Sabadil qui me l'a donné.

- Et ce petit fichu?

- Il me l'a donné aussi.