Il était fort tard déjà lorsque Sabadil rentra chez lui. Il conduisit son cheval à l'écurie, se rendit dans la grande salle, battit le briquet avec son couteau, de l'amadou et une pierre à feu, et alluma la chandelle qui était sur la table.
A la faible lueur qui éclairait la chambre, Sabadil distingua tout à coup Mardona. Elle était entièrement vêtue de noir. Elle était assise sur le banc du poêle, et l'attendait. Quelque courageux que fût Sabadil, il tressaillit cependant avec violence et eut peur. Il ne put prononcer une parole. Elle, au contraire, était fort calme et sereine. Son visage de madone était blanc, et rose, et pur, et tranquille, comme à l'ordinaire. Sa bouche rouge invitait aux baisers, ses belles mains étaient enfouies sous sa pelisse noire, chaudement. Ses yeux seuls perçaient Sabadil d'un regard scrutateur. On eût dit qu'elle voulait lire au plus profond de son âme et l'interroger.
« Je suis venue à toi, Sabadil, commença-t-elle de sa jolie voix caressante et mélodieuse, comme le bon berger qui cherche sa brebis perdue. Sais-tu ce que tu as fait, dis-moi? Et t'en repens-tu?
- A quoi penses-tu? repartit Sabadil, qui avait repris sa tranquillité. Ai-je l'air d'un imbécile? Ce que j'ai fait, ce que j'ai dit, je l'ai fait et dit, non pas dans la colère, mais parce que c'est mon intime conviction.
- Tant pis! interrompit la Mère de Dieu d'un ton sévère.
- Tant pis ou tant mieux, reprit Sabadil. Je n'ai fait que dire la vérité. Je le répète: j'ai parlé franchement, selon ma conviction, du fond du coeur. Je ne mens pas, moi. Je ne suis pas hypocrite; c'est vous qui êtes des hypocrites!
- Malheureux!
- Oh! je n'ai aucun besoin de ta compassion, de ta pitié, continua Sabadil, avec un rire dédaigneux. Je ne me repens pas de ce que j'ai fait. Non, certes, je ne le regrette pas. Aussi ne me vient-il pas à l'idée de faire pénitence.
- Cependant tu t'humilieras.
- Jamais!