Mardona s'assit dans son traîneau, qui était resté arrêté près d'un taillis, derrière la maison. Elle prit les rênes, et ordonna à Sabadil de monter près d'elle. Lorsqu'elle le vit à ses côtés et que le traîneau se mit en marche, Mardona sourit d'un air mauvais, avec amertume. Elle emmenait le rebelle qu'elle avait fait prisonnier à cette heure. Lorsqu'ils longèrent la forêt, des lueurs ardentes, mobiles comme des feux follets, se montrèrent à travers les arbres, s'approchant peu à peu.
« Des loups! » murmura Sabadil.
Mardona ne dit rien. Elle se leva, droite, dans le traîneau, et prit son fouet. Les loups approchaient. On entendait déjà leurs cris féroces, leurs hurlements prolongés. Mardona brandit son fouet et en laboura les flancs de ses chevaux, qui partirent ventre à terre.
Les clochettes de l'attelage rendaient un tintement aigu pareil à une plainte. La neige et la glace sautaient et tourbillonnaient sous les sabots des chevaux; le traîneau volait comme un oiseau à travers la tourmente. Peu à peu les hurlements devinrent moins distincts, et les yeux phosphorescents des loups disparurent dans les ténèbres. Le danger était passé, Sabadil respira profondément. Mardona le. regarda par-dessus l'épaule avec dédain. Puis elle sourit de nouveau, de son mauvais sourire.
CHAPITRE XX
Il était nuit lorsque la Mère de Dieu ramena le pécheur repentant à Fargowiza-polna. Le traîneau entra dans la cour, lentement; les clochettes tintaient faiblement d'un ton triste, comme la cloche des morts qui accompagne le saint-sacrement. Une chouette criait dans le lointain. Les chiens se mirent à hurler horriblement fort. La lune, voilée de nuages, répandait dans la campagne une lueur gris de plomb, blême et laide. Mardona abandonna l'attelage à ses frères, et se rendit chez elle avec Sabadil.
Un grand feu pétillait dans le poêle. Une lampe qui pendait du plafond éclairait la pièce. Les fleurs de givre qui tendaient les vitres scintillaient, au clair de la lune.
La Mère de Dieu alla chercher un faisceau de cordes et en sortit les deux plus gros liens. Puis elle emmena Sabadil dans un petit cabinet sans issue, dépourvu de fenêtre, qui attenait à sa chambre, et en referma la porte. Là encore il y avait une petite lampe. Sa lueur faible vacillait, prêtant au visage calme de Mardona quelque chose de fantastique.
« Que vas-tu faire de moi? commença Sabadil.
- Tu le vois. Je veux t'attacher.