- Et après?

- Pourquoi me questionnes-tu? Je ferai de toi ce que bon me semblera. »

Elle lui lia les mains et les pieds et le jeta à genoux. Il se laissa faire sans résistance et attendit curieusement. Maintenant Mardona ouvrit la porte, et Nimfodora entra, baissant la tête. Sabadil frémit. Mardona remarqua ce frisson. Elle rejeta la tête en arrière d'un geste fier et sourit ironiquement. Nimfodora s'agenouilla devant la Mère de Dieu et lui embrassa les pieds humblement. Elle releva Nimfodora qui tremblait, et la baisa à deux reprises sur ses lèvres pâles.

Le coeur de Sabadil battait à se rompre. Il défaillait, envahi par la confusion et par la honte. D'un mouvement brusque il essaya de rompre ses liens. Effort inutile. Les cordes pénétrèrent plus profondément encore dans ses chairs, le déchirant cruellement. Alors il laissa retomber sa tête sur sa poitrine, il se rendit, il n'était plus libre. Il s'était livré au pouvoir de Mardona. Et elle ne s'inquiétait pas de ce qu'il souffrait.

« Où passeras-tu la nuit? demanda, après une pause, la Mère de Dieu à
Nimfodora.

- Près de ta soeur. »

Mardona affirma de la tête, et embrassa la jeune fille encore une fois. Nimfodora s'éloigna tranquillement, les yeux baissés, courbant douloureusement la tète.

« Tu resteras cette nuit à genoux, en prières, lui dit-elle d'un ton glacial. Prépare-toi à être jugé par moi demain. Je me montrerai sévère à ton égard. »

Elle le contempla avec son mauvais sourire.

Sabadil releva lentement la tête. Il n'avait jamais vu Mardona si belle. Ses cheveux dorés flottaient dénoués sur son cou et sa poitrine. Ses lèvres roses s'entr'ouvraient, comme sous des baisers. Vainement Sabadil essaya de résister à la passion qui l'aveuglait, vainement il ferma les yeux et tenta de prier. Il ne put se contenir.