Mardona s'agenouilla près de lui, les mains jointes devant elle, pieusement, et le regarda longuement avec amour.

« Souffres-tu beaucoup? » demanda-t-elle.

Il inclina la tête. Deux grosses larmes scintillaient à ses paupières.

« Cela me réjouit, dit-elle. Oh oui! je suis heureuse que tu endures tout cela volontairement. C'est seulement ainsi que ton âme peut être préservée de la condamnation éternelle, Sabadil.

- Mes souffrances sont atroces, soupira-t-il.

- Oh! Sabadil, je ne puis te dire comme cela me rend heureuse », s'écria-t-elle avec un saint enthousiasme.

Elle resta quelque temps encore auprès de lui, à le contempler. Elle semblait examiner son visage pâle avec plus de curiosité que de compassion. Puis elle se releva lentement et sortit dans la cour. Alors seulement, comme elle n'était vue de personne, elle respira plusieurs fois, très fort, joignit les mains et resta là, en proie à une extase douloureuse, le regard perdu à l'horizon.

Le jour parut bien long à Sabadil; il souffrait des tourments horribles, l'enfer même ne l'effrayait plus. Il eût préféré la géhenne aux tortures qu'il éprouvait. Et, comme si Mardona, avec ses coups de marteau, eût condamné ses pensées à se fixer sur un seul point, il lui était absolument impossible de songer à autre chose qu'à elle. Il essayait de la haïr, et il l'aimait passionnément; il voulait la maudire, et il ne pouvait que pleurer à chaudes larmes. Elle lui apparaissait plus belle, plus divine que jamais, maintenant qu'elle l'avait fait mettre en croix et que par sa seule volonté il souffrait des tortures inexprimables.

Barabasch veillait toujours à la porte. Les autres assistants entraient et sortaient. Il y en avait toujours un au pied de la croix, en prières.

Une fois, Sofia resta seule avec Sabadil durant un instant. Elle sortit prestement de sa poche son mouchoir, qu'elle avait imbibé d'eau-de-vie, et le restaura, en le lui pressant entre les lèvres et en lui épongeant les tempes et le front.