Il tira sa casquette et entra.
« Que le ciel bénisse ton arrivée au milieu de nous! » répondirent en choeur les assistants. Et ils le regardèrent avec quelque curiosité, mais sans méfiance et d'un air très bienveillant. Quelques-unes des jeunes filles, même, lui sourirent malicieusement; alors seulement il vit que Mardona était dans la chambre. Derrière la porte qu'il avait tenue entr'ouverte, dans un coin, se trouvait un siège élevé, comme une espèce de trône, où l'on arrivait par des degrés de bois. Mardona y était assise. Elle portait de hautes bottes de maroquin jaune et une jupe et un corsage de soie bleue. Son cou, ses bras et les nattes blondes de ses cheveux étaient parés de gros coraux et de sequins scintillants comme des étoiles. Elle était fort bien ainsi, très calme, et avait, la majesté d'une souveraine.
Elle se leva lorsqu'elle aperçut Sabadil, s'avança à sa rencontre avec beaucoup de dignité et le salua d'un air affable. Puis elle lui prit la main et lui donna un baiser. Sabadil rougit, tout confus. Mardona remarqua son trouble et sourit.
« Je suis contente que tu sois venu, lui dit-elle. Assieds-toi là, près des autres. »
Sabadil s'inclina sans parler, et, tandis qu'elle retournait à sa place, il se glissa vers la muraille. Il se sentait tout honteux maintenant, et très intimidé. Il n'osait, ni s'asseoir, ni se rapprocher de Mardona, et encore moins lui adresser la parole.
Les assistants ne faisaient plus attention à lui, à l'exception de l'un d'eux cependant, un homme d'une quarantaine d'années, nommé Barabasch. Celui-là ne le perdait pas de vue et l'examinait avec défiance et une sorte de dédain. Il était petit, légèrement, voûté, avec des cheveux châtain roux coupés sur le front et très longs sur les épaules. Sa moustache était couleur de rouille. Ses yeux gris avaient des éclairs haineux, Il était facile de reconnaître en lui un fanatique, au caractère violent et sauvage.
Après un moment, les frères de Mardona s'approchèrent de Sabadil pour le saluer. L'aîné, Turib, était svelte, de grandeur moyenne, avec des yeux noirs, brillants. Il parlait fort peu. Le second, au contraire, Jehorig, était fort bavard. C'était un jeune homme de vingt ans, petit, maigre, au visage pâle, sans barbe, fiévreux et agité comme le sont ordinairement les poitrinaires.
« Ne devons-nous pas chanter et jouer de quelque instrument en l'honneur de notre hôte? demanda-t-il à Mardona humblement.
- Sans doute, vous pouvez chanter », répondit-elle.
Jehorig apporta des cymbales et les posa sur la table; durant un instant, un silence complet régna dans la salle. Puis il commença à jouer. Il en tira des sons plaintifs, très doux, qui peu à peu grandirent, s'élevèrent et firent place à une puissante et sauvage mélodie.