- Je n'en aurai jamais le courage, geignit Kenulla.
- Dans ce cas tu mérites les traitements que ta femme te fait subir, reprit Mardona, et je te conseille fort de te cacher pendant le jour, de peur que les petits enfants ne courent après toi en te montrant au doigt, et que les mendiants ne chantent des mélodies sur ton compte.
- Du reste, ajouta Kenulla, nous avons le temps. Un jugement précipité est rarement juste.
- C'est ton idée? »
Mardona se leva et s'avança vers le miroir pour réparer le désordre de sa coiffure.
Kenulla soupira, se gratta l'oreille et quitta la salle sur la pointe des pieds, avec Ossipowitch et ses fils. Mardona et Sabadil restèrent seuls.
Un long moment se passa avant qu'ils échangeassent un regard. Enfin
Sabadil prit la parole:
« Explique-moi, Mardona, commença-t-il, comment il se fait que vous punissiez la femme qui offense son mari, puisque, à ce que l'on dit,… le mariage n'est pas considéré comme un sacrement dans votre secte?
- Nous n'avons ni ne reconnaissons pas de sacrement, répondit Mardona en prenant place sur un siège près de Sabadil. La décision de deux êtres qui s'aiment et le consentement de leurs parents suffisent pour accomplir un mariage. Les parents et les amis des époux se réunissent dans la maison de la fiancée et déclarent, en présence de la congrégation, leur union accomplie. La séparation s'accomplit de la même manière, aussi simplement: les époux déclarent qu'ils sont décidés à se séparer, et le divorce est prononcé.
- Il se peut que cela ne mène à rien de bon, interrompit Sabadil en secouant la tête.